06/03/2016

Economie

Faut-il craindre un nouveau krach ?



Economie


Ralentissement de la croissance chinoise, effondrement du prix du pétrole, fragilité des banques, explosion de la dette mondiale... les motifs d’inquiétude ne manquent pas. Mais le risque principal est peut-être que les investisseurs cèdent à la panique. Les lecteurs qui me connaissent savent que je ne suis généralement pas un puits d’optimisme.
Pourtant, à l’heure où les nuages semblent obscurcir les perspectives de l’économie mondiale, je me trouve beaucoup moins pessimiste que les marchés financiers. Leur morosité commence à déteindre sur la plupart des commentateurs et risque de provoquer une baisse de la confiance dans l’économie réelle qui pourrait à son tour produire le désastre que redoutent les marchés. Alors, cette inquiétude est- elle justifiée ?

Les marchés sont supposés porter sur l’avenir le regard froid et analytique de la rationalité, sans être la proie des émotions. C’est tout au moins ce que prétendent les manuels d’économie. Mais nous savons que les marchés succombent parfois à l’euphorie. L’ancien président de la Réserve fédérale américaine Alan Greenspan parlait même de leur “exubérance irrationnelle”. Car c’est bien leur fiévreux emballement qui a provoqué la bulle Internet [à la fin des années 1990] et, quelques années plus tard, la crise des subprimes, lorsqu’ils ont cru que les produits dérivés et autres formes d’ingénierie financière pouvaient, comme par magie, faire disparaître le risque.

Désespoir irrationnel. Si les marchés peuvent faire preuve d’exubérance irrationnelle, ils peuvent certainement être également frappés par un désespoir irrationnel. C’est ainsi que j’analyse la situa- tion actuelle. Toutes les nouvelles sont interprétées comme des signaux négatifs. Ainsi, quand, le 11 février, la banque centrale suédoise a diminué son taux de refinancement dans l’espoir de stimuler l’économie, les marchés en ont déduit que cela devait aller vraiment mal. Même chose à chaque nouvelle chute des cours du pétrole.

Sur quoi se fonde ce pessimisme ? J’y vois une forme de réaction des marchés à leur incapacité à anticiper la crise financière et l’effondrement économique qui s’est ensuivi. Ils sont décidés à ne pas retomber dans le même piège.

Au-delà de l’analyse psychologique, je pense que la plupart des gens justifieraient ce pessimisme par les difficultés de la Chine. Celles-ci se résument pourtant à un simple ralentissement de la croissance, qui ne semble pas sur le point de se transformer en récession. Plusieurs indicateurs laissent penser que l’économie chinoise s’est stabilisée, même si son taux de croissance est bien inférieur à ce qu’il était il y a quelques années.

Outre la Chine, il y a bien sûr l’effondrement du prix du pétrole et des matières premières, qui affecte durement les pays et les entreprises producteurs. En principe, il devrait se traduire par une augmentation du pouvoir d’achat des consommateurs, mais celle-ci est trop dispersée pour avoir un fort impact. La chute des cours pétroliers pourrait en revanche mettre en péril de nombreuses entreprises, et même certains pays, et cette petite augmentation du revenu réel des ménages ne permettrait pas d’éviter une faillite ou un défaut de paiement. Cela dit, la faiblesse des prix du pétrole soutient la croissance de nombreux pays, y compris le Royaume-Uni.

Un nouveau paramètre s’est récemment ajouté à l’équation : la faiblesse présumée des grandes banques. Elle s’expliquerait par trois facteurs : les taux d’intérêt négatifs, qui rogneraient leurs marges, une exposition aux pays et aux entreprises qui ont souffert de la chute des cours du pétrole et des matières premières et, plus généralement, le ralentissement de l’économie mondiale.

En réalité, si le système bancaire de plusieurs pays reste fragile, de nombreux progrès ont été faits depuis le dernier crash. Le volume des prêts bancaires et l’offre de monnaie ne témoignent pas d’une crise systémique. L’économie mondiale continue de croître à un rythme annuel de 2 à 3 %. Certes, c’est moins qu’avant la crise de 2008-2009. La demande globale n’a pas suffisamment augmenté pour ramener l’économie mondiale à la normale. Mais les raisons ne sont pas celles que l’on croit.

Perte de compétitivité. 

Le ralentissement de l’économie chinoise n’est qu’un facteur parmi d’autres, et certainement pas des plus importants pour le Royaume-Uni. Même si elles augmentent rapidement, les exportations britanniques à destination de la Chine restent minimes. Pour nous, l’Irlande est un marché plus important que la Chine.

En revanche, les problèmes de la zone euro – qui n’a toujours pas retrouvé son niveau de production d’avant la crise pèsent lourdement sur l’économie mondiale. Le PIB des Etats-Unis et celui du Royaume-Uni sont respectivement supérieurs de 10 % et 7 % à leur niveau d’avant la crise. Imaginez comment se porterait l’économie mondiale si la zone euro avait fait aussi bien qu'eux. Son taux de croissance a atteint 1,5 % l’an dernier, ce qui est pas mal pour la région. Mais il semble de nouveau fléchir. Nous connaissons tous les raisons de cette faiblesse. Les pays situés à la périphérie de la zone euro sont étranglés par une perte de compétitivité, un endettement excessif et la rigueur budgétaire, les dépenses demeurent insuffisantes en Allemagne et aux Pays-Bas, et la France connaît de graves problèmes structurels.

Les deux premières raisons sont des conséquences directes de l’euro. Il est désormais communément admis que la monnaie unique a été une catastrophe pour les économies européennes. Il n’est toutefois pas encore évident pour tout le monde que c’est aussi l’un des principaux freins à l’économie mondiale. Après tout, l’économie de la zone euro est plus importante que celle de la Chine. L’excédent de sa balance courante est également plus important [il témoigne davantage d’une demande interne atone que d’une progression des exportations]. Pourquoi si peu de gens attribuent-ils les maux de l’économie mondiale à la zone euro plutôt qu’à la Chine ?

Sachez simplement que les problèmes de la région ne semblent pas près d’être réglés. Finalement, je suis peut-être bien sur le point d’adhérer au club des pessimistes...