26/03/2016

Pékin face au dilemme de la productivité

L’industrie, dont la rentabilité s’est effondrée, plombe la croissance chinoise. Seule solution pérenne : réformer le secteur en profondeur. Mais avec un risque de taille : faire exploser le chômage. 


La croissance réelle de la Chine est en deçà des chiffres officiels. Depuis 2014, l’écart se creuse. Au lieu des 6,9 % annoncés, en 2015, elle atteindra tout juste 4 %, et, en 2016, environ 5 %. Ce qui, pour un pays de la taille de la Chine, n’est pas négligeable... Mais ce qu’il est plus intéressant d’analyser, c’est la structure de cette croissance. Globalement, la locomotive, en Chine, ce sont les services, qui représentent 45 % du PIB. Depuis quelques années, ils enregistrent une croissance régulière et peu cyclique de l’ordre de 7 % par an, soutenus par un autre moteur : la consommation. Les ménages
chinois consomment de plus en plus de tourisme, de loisirs...
D’autres pans de l’économie vont assez bien, ou mieux, comme la construction, qui se redresse. Les transports et les infrastructures, les secteurs de l’eau et du gaz eux aussi se portent bien, car Pékin a lancé un gigantesque programme d’investissement public.

En revanche, le désastre absolu, c’est l’industrie traditionnelle, qui souffre d’une baisse des prix drastique (6 % sur un an) et de surcapacités dans tous les secteurs (ciment, acier, aluminium, électronique, machines-outils...), tous hormis l’automobile, qui continue d’être prospère. Conséquence, la rentabilité des industriels s’effondre, entraînant une sortie massive de capitaux,
d’environ 2 000 milliards de dollars par an, soit 170 milliards par mois, ou 20 % du PIB! Une situation qui ne peut pas s’éterniser, même si les réserves sont énormes (3 100 milliards de dollars) et que les sorties auraient dû faire effondrer le yuan, qui, en fait, ne s’est déprécié que de10% en deux ans.

Face à cette situation, quelle stratégie de politique économique la Chine doit- elle suivre? Elle a le choix entre une solution de facilité – et de court terme – qui serait de déprécier très fortement le taux de change pour booster les exportations, ou une solution plus dure, qui serait de réformer profondément l’industrie de façon à rétablir la compétitivité et la rentabilité du capital. Le problème, c’est que le secteur industriel est essentiellement constitué d’entreprises d’Etat, dont une des missions est d’assurer le plein emploi. La productivité y a baissé de 20 % depuis 2012, car elles emploient énormément de salariés peu productifs. Si Pékin se décidait enfin à moderniser ces entreprises d’Etat, cela entraînerait un énorme problème de chômage, sachant que l’industrie fournit 100 millions d’emplois et qu’une augmentation de 20 % de la productivité mettrait 20 millions d’employés à la rue, largement assez pour mettre en danger le Parti communiste chinois. Pour l’instant, Pékin n’a choisi ni l’une ni l’autre de ces solutions. Mais cette situation n’est, à terme, pas tenable.