20/03/2020

Les grands patrons spéculent sur l'effondrement de la Bourse

Les cours des actions plongent, les PDG du CAC 40 savent en profiter personnellement.

ASSEZ de pessimisme.Tout ne va pas si mal. à la Bourse. C’est, en tout cas, la leçon que donnent les grands patrons et banquiers qui rachete a tours de bras- et pour leur compte personnel - les
actions massacrées de leurs sociétés.
Depuis un mois, le CAC 40 s'est effondré de 35%. Certaines grandes valeurs - celles liées au tourisme, notamment au pétrole ou à la finance  - ont même perdu jusqu'à 75 % de leur valeur. Un drame ? Non. Plutôt l' occasion de faire de très bonnes affaires pour ceux qui ont les moyens d'acheter les actions qui sont aujourd'hui bradées -, commente un analyste.
De fait, la lièvre acheteuse des patrons s’est brusquement réveillée, a partir du 20 février, avec la chute libre du CAC. Ce n'est pas Bernard Arnault, le patron de LVMH, homme le plus riche du France - et, selon les cours du jour, du monde —, qui le contredira. Depuis le 1" janvier, la valeur de l'action de son groupe a baissé de pres de 30%. Cette chute ne l'a pas dissuade d’acheter, via ses sociétés personnelles Financière Jean Goujon, Financière Agache, quelque 160 000 actions autour de 350 euros - Soit emiion 25 % moins cher que leur valeur avant la crise. Economie pour ses finances : 20 millions.
Chez le groupe hôtelier Accor qui,  en deux mois, a perdu plus de 40 % de sa valeur, Sébastien Bazin, le pédégé, a acheté, le 12 mars, via sa holding Bazeo Europe, 50 000 actions a 23 euros l’une - contre 40 euros avant la chute. L’un des principaux administrateurs, Sarmad Zok, en a
raflé, quant à lui plus de 40 000, à environ 35 euros. Quant à Paul Dubrûle, cofondateur du groupe - et encore administrateur -. il a acquis 15 000 actions à environ 34 euros.

Finances bien gérées

Chez PSA, la famille Peugeot, qui possède 13 % du capital, ne s'est pas oubliée. La chute au cours (- 40 % en deux mois aurait dû la désoler ; elle lui a, au contraire, ouvert l'appétit. Sa holding patrimoniale FFP a annonce un plan d’achat de quelque 40 millions d actions, afin de tenter
de faire jeu égal avec la famille Agnelli, au terme de la fusion avec Fiat Chrysler. Une opération prévue de longue date mais qui. grâce à la chute de la Bourse, a commencé à se faire à très bon compte : 14 euros, au lieu de 20 il y a deux mois.
Autre famille très active dans la tourmente : la branche française des Rothschild. Alexandre et David - directement ou à travers la holding Concordia - ont racheté en deux jours, les 11 et 12 mars, 570 000 actions de la banque Rothschild & C’o pour un prix inférieur de plus d'un tiers à ce qu’il était un mois plus tôt (16.60 euros, contre 25.50).
Et pour faire bonne mesure, le gérant de la banque, François Pérol ex-secrétaire général de l'Elysée
sous Sarkozy, a aussi cotisé pour 10 000 actions, le 11 mars, mais à 17,40 euros. Histoire de ne pas vexer le patron en faisant un plus gros bénef ? Dans la finance, toujours, le patron de la BNP, Jean Lemierre, a acheté, les 8 et 13 mars 5 000 titres de sa boite à environ 34 euros, alors qu'ils en valaient 50 un mois plus tôt. Le directeur général, Jean-Laurent Bonnafé, s’est offert, lui aussi, 10 000 actions, mais à un prix légè­rement supérieur : 38 euros.
Chez Dassault, on spécule en famille : Groupe industriel Marcel Dassault, la holding familiale, a acquis quelque 160 000 actions Dassault Systèmes au prix moyen d'environ 135 euros, soit 15 % de moins que deux semaines auparavant. D’autres membres de la famille - Laurent, le président du groupe, et Catherine et François, administrateurs - se sont partagé un peu plus de 10 000 actions au même prix.
De nombreux dirigeants de boîtes dans le luxe (Hermès), la distribution Fnac, Carrefour, le BTP (Vinci, Eiffage/, l’immobilier Unibail), la comunication (Vivendi), la communication (Vivendi), l'alimentation ( Pernod, les services ( Veolia), la banque (Société générale) ou l’industrie Renault ont aussi profité de la manne boursière. Connaissant parfaitement leur groupe et étant en quelque sorte des initiés, ils ne font pourtant rien d'illégal.
Il est en tout cas rassurant de constater que ces patrons sont convaincus que la Bourse gagnera la
guerre contre le virus.

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