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24/03/2020
13/12/2017
Un Léonard de Vinci dans les intrigues du Golfe
Un tableau à 450 millions d'euros
Après avoir servi d’arrière-plan à un roman à énigme, Da Vinci Code, l’œuvre de Léonard de Vinci est à l’origine d’un nouveau mystère, sur fond d’intrigues de palais dans le golfe Arabo-Persique: qui a acheté le Salvator Mundi (le «sauveur du monde»)? Cette toile attribuée au maître de la Renaissance, qui représente le Christ tenant une sphère de cristal dans sa main, est devenue à la mi-novembre la peinture la plus chère du monde. Lors d’une vente aux enchères chez Christie’s, à Londres, l’huile sur bois datée d’environ 1500 a atteint la somme mirobolante de 450 millions de dollars, écrasant le précédent record, détenu par Les Femmes d’Alger, de Picasso (179 millions de dollars). Une armada de limiers s’est alors précipitée sur la piste du richissime acquéreur, dont l’identité avait été tenue secrète.
La presse américaine a sorti un nom: Mohammed Ben Salman, dit « MBS », le prince héritier d’Arabie saoudite. S’appuyant sur une source ayant eu accès à un rapport des services de renseignement américain et une autre proche de la transaction, le New York Times et le Wall Street Journal ont affirmé que l’achat a été réalisé par un prince de second rang, Bader Ben Abdullah Ben
Mohammed Ben Farhan Al-Saud, en lien téléphonique avec Christie’s lors de la vente, mais agissant pour le compte de « MBS », dont il est proche.
Ces articles ont fait sourire. Le dauphin a fait de la réforme de la gouvernance saoudienne son port-étendard. C’est en son nom qu’il a imposé des mesures d’austérité, dont des coupes dans les subventions sur l’essence et l’électricité, et qu’il a lancé une purge anticorruption, ayant conduit à l’arrestation de deux cents dignitaires, accusés de détournement de fonds publics. Le numéro deux du
royaume s’affranchirait-il de la rigueur qu’il exige de ses sujets ? Affabulations, répond le gouvernement saoudien, qui a produit vendredi 8 décembre un document présentant le prince Bader comme un intermédiaire mandaté par le département de la culture et du tourisme d’Abou Dhabi.
La branche du Louvre, ouverte début novembre dans la capitale des Emirats arabes unis, avait annoncé deux jours plus tôt que la peinture à un demi-milliard de dollars ornerait ses murs. Mais cette version ne convainc pas totalement. Interrogée par Reuters, la porte-parole de l’institution émirienne, tout en assurant que celle-ci a «acquis » le chef-d’œuvre, a refusé de confirmer qu’elle l’a « acheté ». Une nuance pas anodine. Selon le Wall Street Journal et le Financial Times, Salvator Mundi aurait bel et bien été payé par «MBS», par le biais du prince Bader, avant d’être offert à Abou Dhabi, dont le régent, Mohamed Ben Zayed, est le mentor du prince héritier saoudien. La thèse du « cadeau d’Etat à Etat » est avancée par les quotidiens économiques, pas totalement certains d’avoir le fin mot de l’histoire. Un imbroglio qui n’aurait pas déplu à Léonard de Vinci, l’homme du sfumato, ce style vaporeux, entremêlant ombre et lumière
06/09/2015
Le jeu diplomatique
Rachat d'Iran
L'accord sur le nucléaire signé avec Les grandes puissances a replacé le régime iranien dans la diplomatie. Au détriment, entre autres, d'Israël et de l’Arabie Saoudite.
Pour bien mesurer l importance de l'accord sur Le nucléaire signé le 14 juillet entre l'Iran et les Etats-Unis - et accessoirement les autres Etats membres permanents du Conseil de sécurité de L ONU, plus l'Allemagne -, il suffit d'écouter les critiques Les plus acerbes. Du Likoud israélien aux néoconservateurs américains, en passant par une partie de l'extrême gauche européenne [par haine des Etats-Unis), les cris d'orfraie ont été si violents qu'une conclusion s'impose : cet accord ne doit pas être mauvais.
Ce qui est étonnant, c'est que cet accord ne change rien sur le fond. Les Iraniens ont attendu douze ans pour le signer. La raison est simple : cette décennie "perdue" en palabres a permis à Téhéran de maîtriser l'ensemble de la filière nucléaire. En clair, dix années ont été nécessaires à l'Iran pour être aussi près que possible de La fabrication d'une bombe atomique. L'objectif est atteint : l'Iran appartient désormais au Club des pays qui n'ont pas La bombe mais qui pourraient l'assembler.
Une signature était donc envisageable. Il aura fallu deux années de plus pour convaincre les Occidentaux - et surtout Les Américains - du sérieux de la République islamique et de sa (bonne) volonté de coopérer dans le détail avec le reste du monde. C'est donc chose faite. L'Iran est désormais un pays avec Lequel on peut signer des traités. Or c'est précisément ce qui change tout. Depuis la révolution de 1979, l'Iran n'était pas seulement un paria international, Le pays n'était plus pris au sérieux.
Depuis plus de trente-cinq ans, rien de ce qui sortait d'Iran ne semblait raisonnable : des déclarations du président Ahmadinejad appelant à La destruction d'Israël aux diatribes contre les Etats-Unis, tout semblait confirmer La justesse de la mise au ban de Téhéran.
Que s'est-il passé pour qu'un accord soit possible? Les grandes manifestations étudiantes et citadines de 2009 en Iran. Elles ont certes été réprimées et se sont souvent terminées par de la prison pour les meneurs, mais elles ont réveillé les mollahs.
Elles leur ont rappelé que plus des deux tiers de la population iranienne sont nés après la révolution de 1979 et que Leurs aspirations n’étaient pas révolutionnaires mais bien pragmatiques : des emplois, moins de censure, plus d'ouverture sur le monde.
L’accord du 14 juillet est en fait l'aboutissement d’une course de vitesse entre les conservateurs du régime iranien, qui voulaient à tout prix leur bombe, et Les modérés qui voulaient répondre aux aspirations de la classe moyenne pour conserver le pouvoir.
Les grandes puissances ont ainsi signé la victoire - symbolique - des modérés du régime. Surtout, ils ont réintroduit l'Iran dans le jeu diplomatique, ce qui était encore inenvisageable il y a quelques mois à peine.
C'est ce qui rend fous les Saoudiens, auxquels un Iran marginalisé convenait. Que Leur puissance régionale puisse être relativisée par 80 millions d'iraniens notoirement plus sophistiqués qu’eux Leur donne des cauchemars. Tout ce qui se passe au Moyen-Orient doit en grande partie être lu à l'aune de cette obsession. Le pari des Américains est qu’il vaut mieux avoir deux interlocuteurs dans la région - l’Iran et l'Arabie Saoudite. Quant à Israël, le pays n'a jamais vraiment cru à son propre discours sur la dangerosité nucléaire de l'Iran. D'ailleurs, l’accord à peine signé, Les militaires israéliens envoyaient à Washington une liste de courses au titre de compensation.
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