29/12/2019

La France viole l’embargo de l’ONU en Libye

Alors que l’offensive des forces rebelles du général Haftar piétine, Tripoli vient de conclure un accord militaire avec la Turquie. Un rapport destiné au Conseil de sécurité de l’ONU révèle les livraisons clandestines d’armes aux belligérants et la présence sur le terrain de combattants étrangers. Une escalade susceptible de déstabiliser un peu plus la région.


Après avoir largement contribué, depuis 2011, à armer les groupes djihadistes qui déstabilisent le Sahel, l’interminable guerre civile libyenne peut-elle maintenant menacer l’équilibre stratégique de la Méditerranée orientale ? Le risque d’une évolution aussi inquiétante est plus sérieux que jamais depuis la signature, le 27 novembre, entre le président turc Recep Tayyip Erdogan et le chef du gouvernement d’union nationale libyen (GNA), reconnu par l’ONU, Faiez Sarraj, d’un accord qui provoque la colère de la Grèce et agite toute la région, de Chypre à l’Égypte, en passant par Israël.

Car cet accord sur la délimitation maritime, qui donne à Ankara l’accès à de vastes zones riches en hydrocarbures revendiquées par ses voisins, comporte aussi un volet de coopération sécuritaire qui autorise l’envoi en Libye d’une éventuelle aide militaire turque. Or le GNA, basé à Tripoli, est actuellement confronté à une offensive de l’autre pôle de pouvoir libyen, l’Armée nationale libyenne (ANL), du maréchal autoproclamé Khalifa Haftar, maître de la Cyrénaïque, à l’est du pays. Et Haftar
est politiquement et militairement soutenu par l’Égypte, les Émirats arabes unis, la Jordanie, tous rivaux régionaux d’Ankara.

En fait, à travers l’affrontement entre leurs partenaires libyens, c’est à une véritable guerre de basse intensité par procuration que se livrent d’une part la Turquie et le Qatar, alliés du GNA, et d’autre part l’Égypte, les Émirats et la Jordanie, alliés du « maréchal » de Benghazi. Une guerre qu’ils entretiennent, depuis des années, par leurs livraisons d’armes, leurs envois de « conseillers », leur aide financière, leur appui diplomatique et parfois l’intervention directe de leur aviation. Le tout en violation, jusqu’à ce jour impunie, de l’embargo sur les livraisons d’armes décidé par les Nations unies en février 2011.

C’est ce que dévoile un rapport remis le 9 décembre au Conseil de sécurité (y accéder ici) par un groupe d’experts chargés d’observer le développement du conflit sur le terrain, en particulier depuis le lancement de l’offensive de Haftar contre Tripoli, le 4 avril 2019. Composé de deux spécialistes des armes, deux spécialistes des groupes armés, un expert en transports, notamment maritimes, et un expert dans le domaine financier, ce groupe a livré un document de 376 pages, dont Mediapart a obtenu une copie, qui contient une analyse détaillée du conflit en cours et une enquête tout aussi précise sur les très nombreuses violations de l’embargo sur les armes et sur les responsables – États, entreprises, personnes – de ces violations.

Enseignement majeur de ce rapport : les deux pôles de pouvoir en Libye – le gouvernement de Tripoli, adoubé par la communauté internationale, comme les forces de Haftar, à Benghazi, en rébellion ouverte contre le premier – ont reçu, au moins jusqu’à l’été dernier, des livraisons clandestines d’armes, de munitions et de matériels militaires, et ont, aujourd’hui encore, recours au renfort de mercenaires étrangers, en violation de l’embargo de l’ONU. Le constat avait déjà été dressé, au fil des ans, par les médias, mais il est ici confirmé et documenté par les experts de l’ONU, qui s’appuient sur des témoignages directs et sur de nombreux documents comptables et photographiques.

Toutefois, le rapport ne mentionne pas l’aide apportée par certains États, l’Égypte, la Russie ou la France, à Haftar. Sous la forme d’envois d’éléments des Forces spéciales ou de la DGSE, Paris a activement contribué au renseignement tactique et à la formation des combattants de l’ANL. Cette aide, a priori contradictoire avec la reconnaissance officielle du GNA par Paris, s’explique, selon la DGSE et le Quai d’Orsay, par la nécessité de s’appuyer en Libye sur la force militaire la plus crédible pour lutter contre le djihadisme. C’est-à- dire l’armée du pouvoir de Benghazi.

Deuxième enseignement du rapport : l’attitude du pouvoir de Tripoli et de celui de Benghazi face à l’embargo des Nations unies jette plus qu’un doute sur la sincérité de leur engagement en faveur de la paix, en réponse aux démarches engagées depuis des années pour rechercher une solution politique négociée au conflit par l’envoyé spécial de l’ONU, l’universitaire libanais Ghassan Salamé.

Troisième enseignement d’importance : même si, selon le rapport, les « capacités militaires des deux camps ont été en apparence renforcées par l’apport de combattants étrangers, l’impact de ces renforts sur le déroulement du conflit a été limité. Les opérations ont été dominées par le recours à des munitions guidées de précision tirées par des avions sans pilotes, ce qui a, dans une certaine mesure, limité les dommages collatéraux que l’on peut redouter dans un tel conflit ». Dans ces conditions, relèvent également les experts de l’ONU, « les pertes parmi les combattants et les civils demeurent faibles. Le conflit continue de poser des menaces locales aux civils libyens, forcés à fuir par les combats ou victimes de l’utilisation comme armes ou de l’exploitation financière des institutions vitales de l’État, comme la distribution de l’eau, de l’électricité ou des carburants ».

Le rapport ne cite aucun bilan des pertes humaines depuis le début de l’offensive de Haftar contre l’ouest du pays mais d’autres sources de l’ONU évaluent à un millier de morts et plus de 140 000 déplacés le nombre des victimes, civiles et militaires, recensées depuis huit mois. On est loin, en effet, des massacres syriens ou yéménites.

Quatrième constat important des experts : les opérations militaires des forces du GNA et de l’armée de Haftar, ainsi que les frappes des forces du commandement américain antiterroriste en Afrique (AFRICOM), continuent à affaiblir les structures organisationnelles des groupes d’Al-Qaïda ou de ce qui reste de Daech, et réduisent au moins temporairement leurs capacités opérationnelles en Libye. Mais, selon le rapport, des cellules dormantes de Daech existent toujours à Tripoli, Misrata, et des groupes autonomes sont signalés à Sebha, Murzuk et Al Qatrum, au sud du pays, alors que le quartier général local de l’organisation semble toujours être dans la région de Bani Walid, à 150 km au sud-est de Tripoli.

Les experts relèvent que le 6 juillet 2019, la branche médias de Daech a diffusé une vidéo du chef de l’organisation en Libye, Mahmoud Massoud al-Barassi, également connu comme Abou Moussab Allibi, dans laquelle il affirmait que la Libye était devenue l’un des principaux axes des futures opérations, destinées à compenser la perte des territoires et de l’influence en Syrie. Selon le document, « Daech finance actuellement ses activités dans le pays par le vol, les enlèvements contre rançon, l’extorsion, la contrebande. La taxation des réseaux de trafic d’êtres humains demeure l’une des ressources majeures de l’organisation en Libye ».

Comment le « Aisling » est devenu le « Karama »


« L’offensive militaire sur Tripoli par l’ANL de Khalifa Haftar et le conflit qui a suivi ont paralysé le processus politique national, interrompu les réformes, et contribué à l’instabilité générale dans l’ensemble du pays, constatent les auteurs du rapport. Des groupes armés disparates, certains jusque-là en conflit les uns avec les autres, se sont unis pour s’allier soit avec le GNA, soit avec Haftar. Cette nouvelle phase d’instabilité, combinée avec les intérêts de certains acteurs, étatiques ou non, a amplifié le conflit par procuration qui a pris forme après 2011. [...] Toutes les parties en conflit ont reçu des armes et des équipements militaires, un soutien technique, et l’aide de combattants non libyens en violation de l’embargo sur les armes. La Jordanie, la Turquie et les Émirats arabes unis ont régulièrement, et parfois de manière flagrante, fourni des armes en faisant peu d’efforts pour dissimuler la source des livraisons. »

C’est le moins que l’on puisse dire à la lecture du rapport et de ses quelque 300 pages d’annexes documentaires. Si, selon le New York Times, la Russie, après quatre ans de soutien financier et diplomatique discret à Haftar, a déployé à bas bruit, l’automne dernier, 200 mercenaires, dont plusieurs équipes de tireurs d’élite appartenant au « Groupe Wagner », une entreprise de mercenariat privée proche du Kremlin, c’est une forme d’aide beaucoup plus ouverte, voire revendiquée qu’apportent Amman et Abou Dabi à Haftar, et Ankara au GNA.

Même si leurs livraisons utilisent des bateaux ou des avions gros porteurs enregistrés en Moldavie, au Kazakhstan ou en Ukraine, et suivent parfois des parcours zigzagants avant d’atteindre la Libye, ce sont des armes ou des équipements militaires qu’ils produisent ou qu’ils utilisent dans leurs propres armées qu’ils fournissent la plupart du temps. Ce qui simplifie grandement, selon les experts de l’ONU, l’identification des responsabilités.

Il en va ainsi des dizaines de drones de combat Bayraktar, produits en Turquie, livrés en pièces détachées à Tripoli par trois navettes d’avions cargos entre mai et août 2019. Les puissants drones Wing Loong, équipés de missiles air-sol Blue Arrow fournis par les Émirats à Haftar, ne sont pas fabriqués dans le Golfe, mais tous les répertoires d’équipements militaires indiquent qu’Abou Dabi en a constitué un stock considérable dans lequel on puise pour soutenir l’allié libyen. Compte tenu de leurs caractéristiques de vol et de leurs aptitudes militaires – ils peuvent emporter plus de huit fois la charge en munition d’un Bayraktar –, ils constituent un atout considérable entre les mains de Haftar, même si, selon le rapport, ses forces en ont déjà perdu deux sur huit.

Pour les blindés à roues, de tous les types, du véhicule de patrouille légèrement protégé au transport de troupes blindé, dont les combattants libyens sont très demandeurs pour remplacer leurs rustiques 4X4 Toyota équipés de mitrailleuses, de canons sans recul ou de lance-missiles antichars, l’identification des sources est encore plus simple : les 14 types de blindés légers qui équipent aujourd’hui les deux pôles de pouvoir sont produits soit en Turquie, comme la cinquantaine de Kirpi débarqués en mai 2019 à Tripoli, soit en Jordanie ou aux Émirats, comme la quasi-totalité de ceux fournis à Haftar.

La transaction la plus complexe et financièrement la plus déroutante découverte par les experts concerne le transfert d’un patrouilleur maritime irlandais, le Aisling, sorti des chantiers de Cork en 1979, retiré du service en 2016 et intégré à la force navale de Haftar sous le nom de Karama (« Dignité ») en mai 2018. Entre-temps, le navire a été vendu pour 150 000 euros à une firme néerlando- seychelloise et immatriculé à Belize, cédé pour le triple de ce prix à une firme émiratie, immatriculé au Panama comme « yacht de plaisance », puis revendu à une firme de Benghazi pour 1,5 million de dollars. Après quoi, il a été réarmé des deux canons de 20 mm et du canon de 40 mm qui l’équipaient sous pavillon irlandais, comme le prouve une photo prise à Ras Lanouf en avril 2019, qui figure dans le rapport. Mais les investigations des experts n’ont pas permis de découvrir les raisons de l’augmentation extravagante du prix du navire. Ni d’en identifier les bénéficiaires.

On le sait aujourd’hui, la vaste offensive contre Tripoli d’avril dernier pour laquelle Haftar avait demandé et obtenu la majeure partie des armements recensés dans le rapport et qui avait, en réponse, provoqué une intensification des livraisons turques au GNA, s’est enlisée dans les sables. Les forces de Benghazi ont bien enclenché, comme prévu, l’encerclement de la ville par le sud et l’ouest et investi quelques positions indispensables au lancement d’un assaut, mais elles ont dû renoncer à aller au-delà.

Selon les experts de l’ONU, la tentative d’arracher Tripoli au déploiement de groupes armés locaux qui protégeaient la ville a échoué car les accords conclus par Haftar avec certains de ces groupes n’ont pas tenu. Nombre de ces groupes ont au contraire fait cause commune avec les puissantes milices de Misrata, alliées au GNA. Le conflit s’est immobilisé sur la ligne de front du moment, à une centaine de kilomètres au sud-est de Tripoli, et lorsque les forces du GNA ont contre- attaqué et repris fin juin la ville stratégique de Gharyan, la crédibilité stratégique de Haftar a été durablement affectée.

Pourtant, en vue de cette offensive, le maître de la Cyrénaïque avait singulièrement renforcé sa « légion étrangère », ainsi que le montre le rapport. Face au GNA qui avait obtenu le renfort de 100 Soudanais et de plus de 700 Tchadiens, appartenant à des groupes armés hostiles aux régimes de Khartoum et N’Djamena, il avait mobilisé 700 Tchadiens et plus de 2 000 Soudanais. La moitié du contingent soudanais appartenait à la redoutable Force de soutien rapide (RSF), unité de répression détestée sous l’ancien régime et aujourd’hui ralliée comme son chef, Mohamed Hamdan Dagalo, alias Hemeti, au nouveau pouvoir dont il est devenu l’homme fort.

Selon les investigateurs de l’ONU, le recrutement de ces 1 000 combattants soudanais a eu lieu en application d’un contrat conclu entre Hemeti et Ari Ben- Menashe, le président israélo-canadien de la société de lobbying Dickens & Madson, basée à Montréal. Aux termes de ce contrat, dont le texte intégral figure dans les annexes du rapport, Dickens & Madson s’engage en effet à « s’efforcer d’obtenir du commandement militaire dans l’est de la Libye [c’est-à-dire de Haftar – ndlr] des fonds pour le Conseil de transition soudanais en échange d’une aide militaire » aux forces de l’ANL.

Malgré ces renforts en combattants et les livraisons continues d’armements et de munitions modernes, en violation toujours impunie de l’embargo de l’ONU, aucun des deux pôles de pouvoir, le rapport le confirme, n’a aujourd’hui « la capacité militaire de prendre l’avantage ». La situation se résume donc, pour l’heure, à un face-à-face entre les forces des deux camps le long de la ligne de front, sur fond d’alliances ou de rivalités changeantes parmi les 30 milices ou groupes armés recensés par les experts dans l’orbite du GNA et les 46 milices ou groupes armés qui gravitent autour de Haftar.

Comment briser ce statu quo stratégique ? En demandant aux alliés et protecteurs étrangers une intervention militaire directe ? Haftar l’a déjà fait. En 2017, comme l’a révélé Mediapart, des Rafale vendus par la France à l’Égypte ont bombardé les localités libyennes de Derna et Houn, en soutien aux forces de l’ANL. Et en juillet dernier, le rapport le révèle, des Mirage 2000 livrés par Paris aux Émirats arabes unis ont bombardé un camp militaire du GNA, à Tadjoura, après avoir décollé d’Al Khadim et Jufra, deux bases en territoire tenu par les forces de Benghazi.

Après la signature de l’accord de coopération sécuritaire entre Tripoli et Ankara, une telle initiative pourrait fournir à Erdogan le prétexte pour intervenir directement en Libye, comme il en a récemment brandi la menace. Alors que Haftar continue d’annoncer le lancement prochain de la « bataille décisive », il est manifestement temps pour les alliés des deux camps de mesurer les périls qu’une escalade de la guerre en Libye ferait courir à toute la région. Paris, Berlin et Rome viennent de lancer un appel à « toutes les parties libyennes et internationales à cesser toute action militaire [...] et à reprendre un processus de négociation crédible mené par les Nations unies ». Reste à savoir si la livraison continue et impunie aux belligérants d’armes et de munitions est le meilleur moyen de les inciter à négocier...

05/11/2019

Coopération judiciaire et policière entre le Kazakhstan et la Belgique


La justice belge participe à la chasse aux opposants sur le sol belge



Kazakstan
L'avocate Bota  à du fuire la dictature du kazakhstan

La Belgique a accepté une demande de coopération judiciaire de la part du Kazakhstan visant la réfugiée politique Bota Jardemalie, dont l’habitation a été perquisitionnée en présence vrai- semblablement de deux agents secret kazakhs.

Plusieurs questions se posent: la Belgique doit-elle donner droit à des demandes émanant d’une dictature comme le Kazakhstan? Que faisaient exactement des agents secret (vraisemblablement kazakhs) au cours de la perquisition ? Enfin, la Belgique est-elle aujourd’hui en mesure de protéger ses réfugiés politiques? Notre pays a le devoir d’accorder l’asile politique aux militants des droits de l’Homme, puis d’en assurer la protection ».
La protection des réfugiés politiques séjournant sur notre territoire, celle aussi de la participation d’agents étrangers à une perquisition réalisée par des services policiers belges ».

« La Belgique se doit de protéger les réfugiés politiques présents sur son territoire et non de les livrer aux autorités qu’ils fuient ! La justice peut d’ailleurs refuser l’entraide judiciaire pour toute infraction qu’elle considère comme une infraction politique, d’autant que le Parlement européen
demande au Kazakhstan de cesser le harcèlement de ses opposants politiques à l’étranger ! »

«Effrayant!»

Cette histoire est hallucinante !, La coopération de nos services de police judiciaire avec les services secret kazakhe à l’encontre d’une avocate qui a obtenu l’asile politique – justement en raison des menaces graves qui pèsent sur sa sécurité de la part de la dictature kazakhe, c’est effrayant ! » Cette perquisition se déroule en l’absence de Me Jadermalie et des informations confidentielles ont été consultées et/ou copiées par les policiers kazakhs. Cette avocate serait accusée de corruption... par un régime tristement célèbre pour son “Kazakhgate” (la corruption de responsables politiques français et belges par l’entourage du président Nazarbaiev). » Membre de la commission de suivi des Comités P et R, chargé du contrôle de nos services de police, Georges Dallemagne promet de demander « toute la lumière sur cette lamentable affaire ».

https://parismatch.be/actualites/politique/332927/lincroyable-traque-dune-dissendente-kazakhe-exilee-en-belgique

22/10/2019

Accusé d’espionnage, un ex­-cadre de la DGSI veut être réhabilité

Eric M. s’estime victime d’une cabale destinée à l’empêcher de prendre la tête du Collège européen du renseignement et attaque l’Etat en justice.


De mémoire de vieux routier du tribunal administratif de Paris, on n’avait jamais vu une affaire pareille. Le responsable des affaires internationales et de la prospective de la direction géné­rale de la sécurité intérieure (DGSI) de 2003 à 2018 attaque l’Etat pour récupérer son habi­litation « très secret défense », le plus haut niveau de confidentia­lité. Elle lui a été retirée après son départ brutal, le 29 mars, de la DGSI. Ce jour ­là, après l’avoir in­terrogé pendant cinq heures, l’inspection interne lui demande de quitter les lieux sur ­le ­champ. Elle le soupçonne d’avoir été approché par le Mossad et la CIA. L’intéressé, Eric M., dément et dénonce une cabale destinée à faire obstacle à sa nomination à la tête du Collège européen du renseignement.

La procédure écrite de la justice administrative a beau être très juridique, les mémoires produits par chacune des parties, le 15 octo­bre, laissent voir la violence de la rupture. Normalien, agrégé d’histoire, Eric M. a été détaché, en 2002, du ministère de l’éduca­tion nationale à la direction du renseignement militaire (DRM) avant d’intégrer, brièvement, le ca­binet de la ministre de la défense, Michèle Alliot­Marie. Sa carrière dans le renseignement débute réellement le 7 juillet 2003, lors­ que Pierre de Bousquet de Florian, alors directeur de la direction de la surveillance du territoire (DST, ex­DGSI), lui demande d’être son conseiller aux relations avec les services partenaires et aux questions de prospective. Peu ou prou, il occupera les mêmes fonc­tions auprès des quatre succes­seurs de M. de Bousquet.

Son habilitation « très secret défense » est renouvelée en 2008 et en 2012. Elle arrivait à échéance le 29 juin 2017. L’enquête diligen­tée par la DGSI pour un renouvel­lement conduit à un refus qui lui est notifié le 12 avril 2018. Pour ex­pliquer cette décision, le mémoire en défense présenté par le secréta­riat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), pour le compte du premier ministre, assure qu’Eric M. « est à l’origine de graves manquements à la sécu­rité ». Il aurait « entretenu des rela­tions avec un ressortissant étran­ger en lien avec les services de ren­seignement de son pays sans aviser son service». Il a, dit le SGDSN, communiqué avec cette personne au moyen « d’une adresse mail non déclarée et l’a sollicité pour ob­ tenir son appui dans le cadre d’une candidature à un poste » à l’OTAN. Enfin, il a « utilisé un boîtier de télé­phone personnel fourni par l’une de ses connaissances pour y insé­rer sa puce professionnelle et s’est connecté à Internet », ce qui contrevenait aux règles de la DGSI.

« Contact épisodique »

Dans sa réponse, l’avocat d’Eric M. tente de démontrer le caractère infondé de ces accusations. Le res­sortissant étranger serait Jona­than Paris, un consultant améri­cain en relations internationales vivant à Londres, rencontré il y a quinze ans dans un colloque, alors que son client était à la DRM. Il ne s’agirait que d’« un contact épisodique », venu dîner chez lui à deux reprises. Jonathan Paris aurait lui ­même proposé son soutien à sa candidature au poste de chef de l’unité de production de renseignement de l’OTAN, car il connaissait le secrétaire général adjoint de l’organisation. Enfin,
l’utilisation d’un mail non déclaré pour échanger avec M. Pa­ris ne serait qu’« une circonstance fortuite ». Eric M. reconnaît une seule infraction : avoir mis sa puce professionnelle dans un iPhone non sécurisé qui n’était pas à son nom, « comme le font de nombreux cadres de la DGSI », écrit­ il dans son mémoire.

Pour expliquer sa chute brutale, Eric M. a invité le tribunal admi­nistratif à envisager une autre hypothèse. Alors même que la DGSI étudiait le renouvellement de son habilitation, il était solli­cité par M. de Bousquet, devenu coordonnateur national du ren­seignement et de la lutte antiter­roriste, pour animer le futur Collège du renseignement en Europe voulu par Emmanuel Macron. Au terme d’une première réunion, le 23 février 2018, à l’Elysée, M. de Bousquet s’inquiète d’une note de
la DGSI à son sujet, comme l’avait indiqué Le Point, début juillet.

Membre du service de protec­tion de la communauté juive (SPCJ), Eric M. assure, avec d’autres parents, la surveillance de l’école de ses enfants. Cette activité ainsi que la pratique du krav­ maga constituaient, selon la DGSI, une vulnérabilité, notamment auprès des services secrets israéliens du Mossad. Rassuré, M. de Bousquet aurait écarté ces soupçons. Le 29 mars 2018, Eric M. est, cette fois ­ci, convoqué par l’inspection interne de la DGSI. C’est la fin de sa carrière dans le renseignement. Pour lui, cette manœuvre qu’il juge déloyale n’avait qu’un seul but : lui barrer la route du Collège du renseignement en Europe et affaiblir cette structure suprana­tionale. Le tribunal doit rendre sa décision jeudi 24 octobre.


21/09/2019

Les États-Unis arment le Moyen-Orient

La France, elle, déjà troisième exportateur mondial d’armes, en vend globalement de plus en plus.



Top 5 des pays exportateurs d’armes
Volume en TIV et régions de destination (cumul de 2014 à 2018)





exportateurs d’armes
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19/09/2019

La CIA a eu pendant dix ans une taupe au Kremlin

Cet agent, ex-filtré en 2017, a fourni aux Américains des informations émanant directement du bureau de Poutine.




CIA
La maison de l'espion Russe


Pendant plus de dix ans, un espion de la CIA infiltré au plus haut niveau de l’État russe a fourni aux Amé­ricains des informations émanant direc­tement du bureau de Vladimir Poutine. Cette affaire d’espionnage, tout droit sortie de la guerre froide, a éclaté lundi, lorsque CNN a révélé que les services se­crets américains avaient exfiltré clan­destinement en 2017 l’un de leurs agents en Russie, par crainte d’une indiscrétion de Donald Trump. La chaîne américaine ne mentionne pas le nom de l’espion. Mais, de façon inhabituelle, les médias russes ont dévoilé presque aussitôt le nom du transfuge.

L’espion s’appelle Oleg Smolenkov. Comme les meilleures taupes, ce diplo­mate aurait été recruté au début de sa carrière, vraisemblablement entre 2006 et 2008, alors qu’il occupe le poste de deuxième secrétaire de l’ambassade de Russie à Washington. L’ambassadeur de l’époque, Youri Ouchakov, en poste pendant dix ans dans la capitale améri­caine, est l’un des poids lourds de la di­plomatie russe. Appréciant Oleg Smo­lenkov, il l’entraîne dans son sillage lorsqu’il rentre à Moscou. Spécialiste des États-Unis, Ouchakov devient en 2008 conseiller pour les affaires étrangères de Vladimir Poutine, alors premier minis­tre. Il conserve son poste quand Poutine redevient président, en 2012. Bras droit et principal collaborateur d’Ouchakov, Smolenkov s’installe avec lui au Kremlin, où il a accès aux rapports secrets destinés à Poutine, notamment ceux des services de renseignement rus­ses, le FSB.

La présence d’un agent au cœur du pouvoir russe est d’autant plus précieu­se pour les Américains que Vladimir Poutine, lui-même ancien agent de ren­seignement passé par l’école du KGB, est plus prudent que la plupart des chefs d’État. Ses communications sont parti­culièrement difficiles à intercepter. Il utilise des téléphones filaires, se méfie d’Internet, et reçoit ses rapports par écrit, apportés dans des dossiers de cuir.

Smolenkov, qui a accès au bureau de Poutine, aurait ainsi pu photographier des documents confidentiels destinés au président russe. Alors que les relations entre la Russie et les États-Unis se ten­dent sur la scène internationale, de l’Ukraine à la Syrie, il devient rapide­ment l’une des principales sources d’in­ formation des Américains sur les inten­tions de Moscou. La méfiance entre les deux pays atteint un point culminant en 2016, lorsque la CIA soupçonne la Russie d’ingérence dans la campagne prési­dentielle américaine. D’après le New York Times, les renseignements fournis par Smolenkov permettent d’établir avec certitude que l’opération a été décidée et dirigée par Poutine lui-même.

Dans l’univers du renseignement, une taupe court trois risques ; celui, peu fré­quent, d’être pris en flagrant délit ; celui d’être démasqué par un agent infiltré dans son propre camp ; ou celui d’être victime d’une indiscrétion, générale­ ment la divulgation d’informations per­mettant de remonter jusqu’à leur sour­ce. Pour éviter ce risque, la CIA remet séparément au président Obama les rapports de Smolenkov, au lieu de les intégrer à la synthèse quotidienne du renseignement.

Mais cette précaution devient soudain inutile avec l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2017. La CIA s’inquiète très vite de la légèreté avec laquelle le nouveau président traite les informations confidentielles, ainsi que de ses rapports cordiaux avec Vladi­mir Poutine et les Russes. En mai de la même année, lorsqu’il reçoit à la Mai­son-Blanche le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et l’am­bassadeur de Russie à Washington, Trump mentionne dans la discussion des informations ultrasecrètes sur l’État is­lamique en Syrie, pourtant classifiées au point de n’être même pas partagées avec les pays alliés. Pour Smolenkov, le dan­ger vient dorénavant du plus haut ni­ veau de l’appareil d’État américain. La CIA juge que le risque est trop grand devoir son agent involontairement démas­qué par le président. La décision est prise de l’exfiltrer.

Smolenkov refuse d’abord, faisant craindre aux Américains qu’ils sont vic­times d’un agent double. Mais à la deuxième proposition, il accepte de quitter la Russie. En juin 2017, Oleg Smolenkov, sa femme, Antonina, et leurs trois enfants partent en vacances au Monténégro. Ils disparaissent sans
laisser de traces. Du jour au lendemain, leurs comptes sur les réseaux sociaux deviennent muets. La Russie ouvre une enquête pour meurtre, avant de refermer le dossier faute d’éléments. Pen­dant deux ans, les Smolenkov semblent s’être volatilisés.

La suite est plus étrange. Aussitôt après les révélations de CNN, son nom est rendu public par le quotidien russe Kommersant. Après une rapide recher­che, des journalistes américains décou­vrent qu’un certain Oleg Smolenkov vit avec sa femme et ses enfants dans une maison cossue à Stafford, en Virginie. Sur les lieux, les journalistes sont ac­cueillis par des agents du gouvernement américain en civil. Selon les voisins, la famille a disparu précipitamment dès lundi soir, laissant des vêtements et des jouets d’enfants traîner dans le jardin.

Comme souvent dans les affaires d’es­pionnage, les sources sont anonymes et beaucoup d’informations invérifiables. Beaucoup de questions demeurent. En particulier celle de savoir pourquoi, s’il a bien été exfiltré par la CIA, Smolenkov vivait sous sa véritable identité, à une heure de voiture de Washington, locali­sable en quelques minutes via Internet.
Ou bien la raison pour laquelle sa défection a été rendue publique deux ans après les faits, par l’une des plus grandes chaînes d’information américaines.Mais les démentis énergiques des protagonistes semblent indiquer la véracité d’une bonne partir de l’histoire de Smolenkov. Du côté américain, la CIA a aussitôt exclu avoir pu prendre la décision d’exfiltrer un espion sur la base d’un manque de confiance à l’égard du président des États-Unis. « Cette histoire est factuellement fausse », a commenté Mike Pompeo, l’actuel secrétaire d’État américain, qui fut le directeur de la CIA à l’époque des faits. Du côté russe, les officiels se sont empressés de minimiser le rôle de Smolenkov. Le porte-parole du Kremlin, Dimi tri Peskov, a confirmé que l’espion avait bien travaillé au sein de l’administration présidentielle, mais démenti que ça été « au plus haut niveau », c’est-à-dire à un poste dont les titulaires sont nommés par le président et qui ont directement accès à lui. Il a ajouté, sans préciser la date, que Smolenkov avait été démis de ses fonctions dans l’administration présidentielle. « Toutes ces spéculations dans les médias américains, selon les quelles quelqu'un aurait exfiltré quelqu'un et ainsi de suite, relèvent du romanà sensation, a dit Peskov. Nous les leur laissons... Le contre-espionnage russe fonctionne parfaitement.