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13/03/2019

Un collège européen du renseignement

Cette assemblée ne formera pas les futurs espions, mais réunira les principaux services pour « établir un lien avec les échelons de décision ».





renseignement francais
Trois cents spécialistes de 30 états sont réunis à Paris pour l’inauguration de ce dispositif



Les espions européens ont désormais leur grand- messe, mais sans photo de famille, confidentialité oblige. Des dizaines d’acteurs de différents services de renseignement du continent se réunissent à Paris, lundi 4 et mardi 5 mars, pour l’inauguration d’un « collège ». Une initiative lancée par Emmanuel Macron, lors de son discours à la Sorbonne, sur l’avenir de l’Union européenne, en septembre 2017. Il aura fallu près de dix-huit mois, et beaucoup de force de persuasion, pour faire aboutir ce « collège du renseignement en Europe », au sens anglo-saxon du terme. Car il ne s’agit pas ici de former les espions de demain, mais plutôt de mettre autour de la table les principaux services pour « établir un lien entre la communauté du renseignement et les échelons de décision », selon l’Elysée.

Le collège se fixe trois objectifs : le « rayonnement », afin de « faire comprendre aux décideurs les enjeux du renseignement » ; le « partage » des expériences et des savoir-faire ; la « réflexion » stratégique, en intégrant au dispositif les acteurs du monde universitaire, souvent coupés des services. Pas question en revanche d’en faire un outil d’échange d’informations – les relations bilatérales entre les pays sont privilégiées en la matière – ou un lieu de décision opérationnel.

Encombrants voisins russes

Si la France a été à la manœuvre, principalement par l’intermédiaire de Pierre de Bousquet de Florian, le coordinateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, placé auprès du chef de l’Etat, les autres pays européens se sont rapidement montrés intéressés. Trente Etats ont répondu à l’appel (les 28 de l’Union européenne, auxquels s’ajoutent la Suisse et la Norvège). Sur les 80 services de renseignement intérieur, extérieur ou militaire invités, 66 seront représentés sous une forme ou une autre lors de l’événement inaugural. « Tous les poids lourds seront présents », assure l’Elysée.

Si la liste exacte des invités est classifiée, trente directeurs des services sont tout de même attendus, ainsi que neuf coordinateurs nationaux. En tout, 300 personnes devaient être présentes pour le discours de clôture d’Emmanuel Macron, mardi dans l’après- midi, au centre de conférences du ministère des affaires étrangères, dans le 15e arrondissement de Paris. Certains pays alliés, comme Israël ou les Etats-Unis, n’ont pas été conviés. Le Royaume-Uni, même s’il s’apprête à quitter l’UE, fait en revanche partie intégrante du dispositif, en tant qu’acteur majeur du renseignement en Europe.

C’est d’ailleurs aux Britanniques, en partenariat avec les Belges, que revient la responsabilité d’animer la première des trois tables rondes, dont les thèmes ont été choisis avec prudence. Il s’agit d’évoquer le rôle du renseignement dans la prise de décision politique. La seconde, coordonnée par l’Espagne et les Pays-Bas, permettra d’échanger sur le « continuum entre le renseignement intérieur et extérieur ». Enfin, la France et l’Allemagne dirigeront les débats sur le positionnement du renseignement par rapport aux institutions européennes.

Le cadre juridique de ce « collège » devrait être fixé lors d’une réunion en Espagne à la fin du mois de mars, avec la création d’un secrétariat pour coordonner le tout. A terme, les organisateurs visent quatre rencontres par an. De quoi y voir une plate-forme qui préfigurerait la création d’un service de renseignement européen ? « En aucun cas », assure-t-on à l’Elysée, où l’on rappelle qu’il s’agit d’un élément de souveraineté majeur pour les pays.

Les promoteurs du projet ont d’ailleurs veillé à ce qu’il ne tombe pas sous la coupe, notamment
budgétaire, de l’Union européenne, afin d’éviter toute confusion. « En matière de contre-terrorisme, tout le monde est d’accord sur les objectifs à atteindre. Mais, en matière de renseignement économique, nous sommes tous concurrents », rappelle-t-on.

Idem pour le contre-espionnage. Tous les services présents ne sont pas sur la même longueur d’onde, notamment au sujet des relations avec les encombrants voisins russes. « C’est en matière de contre-espionnage qu’on reconnaît ses vrais amis », glisse un expert du renseignement. Aucune donnée sensible ne sera donc échangée pendant ces débats qui seront avant tout une façon de cultiver des liens diplomatiques. « Dans ce milieu-là, parler ne nuit jamais », résume-t-on à l’Elysée, où l’on sait que la victoire est avant tout symbolique pour Emmanuel Macron, qui sera le premier chef d’Etat à s’exprimer devant la communauté du renseignement européen, presque au grand complet.





07/05/2016

Football

La Chine doit-elle recruter des joueurs de foot à prix d’or ?


Depuis le début de l’année, certains clubs de foot chinois ont dépensé des montants astronomiques pour attirer des stars mondiales. Au risque de porter préjudice à l’ensemble du secteur.


non : Cela n’aide pas les petits clubs


En Europe comme au Brésil, en Série A italienne comme en Premier League anglaise, la fenêtre hivernale des transferts a été partout marquée par des demandes frénétiques d’achats en provenance des clubs chinois. C’est près de 200 millions d’euros au total que les clubs de la Super League chinoise ont “flambés” durant le mercato hivernal. Ce n’est plus qu’une question de temps avant que le championnat chinois ne dépasse son homologue britannique et ne prenne la première place mon- diale dans ce domaine.

Tant mieux si le football chinois a de l’argent ! Tant mieux si cela permet d’acheter des renforts étrangers de haut niveau, au sommet de leur art ! Et si les clubs ont de l’argent à dépenser, cela les regarde, après tout...

Cependant, il n’est pas du tout bon pour le football chinois que la Chine passe aux yeux du monde pour une terre de pleins aux as qui n’y connaissent rien ni que les acheteurs de la Super League chinoise soient considérés comme des “vaches à lait” sur le marché international des transferts. Il est à craindre que cela rende plus difficile pour les autres clubs chinois l’achat de joueurs d’un bon rapport performances- prix. La folle envolée des prix des transferts ne contribue pas non plus sur le long terme à un développement sain du championnat chinois, en laissant peu d’espace de survie aux petits ou aux moyens clubs.

Les records n’ont cessé de tomber pendant cette fenêtre de transferts hivernale. Seule la Premier League britannique, très riche, a été capable de rivaliser avec le championnat chinois durant ce mercato d’hiver. Certes, dans les cinq grands championnats européens, les sommes engagées lors du mer- cato d’hiver sont toujours plus modestes que lors de la période estivale des transferts, cette comparaison est donc un peu biaisée. Il n’en reste pas moins que l’émergence de “gros flambeurs” parmi les propriétaires de club dans la Super League chinoise [CSL] est désormais incontestablement un paramètre à prendre en compte sur la scène footballistique mondiale. “La Chine va faire une razzia sur nos joueurs”, se lamentent les Brésiliens, tandis que les agents européens peu scrupuleux se frottent les mains : ce genre de grands chevaliers prêts à tout accepter se fait rare de nos jours !

Cette image utilisée pour désigner les clubs de la Super League chinoise qui ne lésinent pas sur les moyens pour obtenir le renfort de joueurs étrangers de renom n’a rien de péjoratif en Chine. Aux yeux des clubs, acheter des joueurs étrangers de haut niveau reste un très bon calcul dans un contexte où la plupart des salaires des footballeurs en Chine dépassent l’entende- ment. A la seule évocation de noms comme Martinez, Ramires, Gervinho, Guarín ou Guto, on comprend combien le champion- nat chinois devrait gagner en qualité durant la deuxième partie de la saison, et com- bien les grandes villes de Chine devraient se passionner encore plus pour ce sport. Si nos nationaux pouvaient en prendre un peu de la graine, ce serait naturellement encore mieux...

Cependant, à bien observer une telle situation dans une perspective de long terme, il n’est pas possible d’accorder indéfiniment des ponts d’or aux joueurs étrangers, et ce jeu de surenchères n’est pas bon non plus pour l’ensemble du marché, notamment pour les clubs de petite ou de moyenne envergure. Si l’UEFA a instauré des règles de “fair-play financier” [en Europe], c’est en grande partie dans l’espoir de mettre un terme aux folles dépenses d’une minorité de clubs qui portaient préjudice à l’en- semble du secteur.

Le football en Chine a connu ces dernières années une croissance qui est à l’image du boom chinois, mais cette rapide expansion se juge surtout à l’aune de la capacité des clubs de la D1 chinoise à offrir des sommes mirobolantes et ne traduit pas une réelle hausse du niveau de jeu des joueurs chinois.

Devant cet afflux massif et inconsidéré de capitaux, la Fédération chinoise de foot- ball serait bien avisée de publier ses propres règles de fair-play financier afin de garantir le bon développement sur le long terme de tout le championnat. Cela passe non seulement par un encadrement rigoureux des finances des clubs pour les maintenir dans la limite du raisonnable et lutter contre une tendance inflationniste, mais aussi et surtout par des incitations à investir dans la formation de jeunes joueurs afin de pré- server les intérêts de la majorité des petits ou moyens clubs.

Pour résumer, sans vouloir, de manière simpliste, mettre son veto à la politique d’achats à tout va, on peut cependant souhaiter que l’argent soit dépensé de manière plus sensée, plus professionnelle, dans une perspective d’élévation générale du niveau de jeu du football chinois. C’est à ces conditions seulement que l’apport de bonnes recrues étrangères se révélera extrême- ment bénéfique et qu’on pourra vraiment dire qu’“abondance de biens ne nuit pas” !

oui : C’est une étape incontournable

Après Fredy Guarín, acheté 12 millions d’euros, Gervinho, 18,5 millions d’euros, Ramires, 28 millions d’euros, le 3 février dernier une autre star mondiale du ballon rond, l’avant-centre de l’Atlético de Madrid, Jackson Martínez, a battu tous les records du mercato chinois en étant transféré au club de Guangzhou Evergrande pour 42 millions d’euros [record battu deux jours plus tard avec l’attaquant brésilien Alex Teixeira, acheté 50 millions d’euros par le Jiangsu Suning].

Le caractère astronomique des sommes déboursées laisse pantois la plupart des gens. Jadis, les clubs du championnat chinois fonctionnaient avec un budget modeste, en recrutant surtout des joueurs peu connus, mais très utiles comme force d’appoint. Cependant, à la suite de la campagne de lutte contre les paris et matchs truqués, le football chinois était entré dans une phase de déclin et l’engouement des investisseurs pour ce sport s’était tari.

Alors que le football chinois était au plus bas, [le promoteur immobilier] Guangzhou Evergrande a décidé d’investir le secteur en “arrosant d’argent” le marché des transferts pour mettre à mal ses adversaires. En 2011 il alignait 10 millions de dollars pour enrôler l’Argentin Darío Conca, lequel, avec un salaire annuel de 7,5 millions de dollars, devenait l’un des cinq joueurs les mieux payés de la planète.

Nombreux sont ceux qui désapprouvent les folles largesses de Guangzhou Evergrande, qui ont, selon eux, semé la pagaille dans le mercato chinois et créé un effet de surenchère. Il est vrai qu’à court terme les ponts d’or offerts par certains clubs chinois sont des “pertes en capital”, mais il faut également les considérer comme des gains de notoriété. Ainsi, l’arrivée de Conca a marqué un tournant pour le championnat chinois en montrant que des stars du football euro- péen et américain au sommet de leur art pouvaient également venir jouer en Chine. Elle a permis de renforcer l’importance de Guangzhou Evergrande et de la CSL aux yeux des médias étrangers, ce qui a incité d’autres footballeurs de renom à venir.

Bien sûr, beaucoup de gens redoutent que ces ponts d’or ne mènent le football chinois sur une mauvaise pente. Ces craintes ne sont pas totalement infondées. Mais pour le football chinois, au creux de la vague, la solution des recrutements à prix d’or est sans doute la seule voie possible. Il ne faut pas se voiler la face : si ces grandes pointures du football mondial viennent en Chine, c’est pour l’argent – et non par humanisme. Néanmoins, cela crée peu à peu un effet boule de neige en incitant un nombre croissant de joueurs étrangers à rejoindre la Super League chinoise.

Cela a également fait comprendre au reste du monde qu’en dehors des cinq grands championnats européens la CSL existe aussi comme terre d’accueil des stars du football. Si les nouveaux qui ont été recrutés depuis le début de la saison 2016 sont tous de très bons joueurs européens ou américains au meilleur de leur forme, c’est aussi parce que le championnat chinois est devenu beau- coup plus attractif.

L’afflux de joueurs étrangers présente des avantages pour le développement du football en Chine. Compte tenu du niveau actuel de ce sport dans le pays et du nombre de pra- tiquants, on ne peut espérer que les choses s’améliorent du jour au lendemain, mais la CSL est un vecteur qui conditionne dans une large mesure le nombre de futurs jeunes footballeurs. Ainsi, la Fédération chinoise de football avait enregistré une vague de nouvelles adhésions quand la Ligue A chinoise avait connu ses plus belles heures de gloire. Aujourd’hui, l’arrivée de grands joueurs étrangers accroît considérablement l’in- térêt pour la Super League, ce qui devrait conduire de nombreux jeunes à chausser les crampons. Finalement, déverser l’argent à flot est peut-être bien une étape incontournable pour faire passer le football chinois d’une situation de désert footballistique à un plus haut niveau.