10/12/2017

Le jardin secret de la mafia corse

L’incarcération du chef de clan mafieux Ange-Toussaint Federici n’a pas nui aux affaires de sa famille. Un rapport de police dévoile comment celui-ci continue de tirer les ficelles depuis sa prison, par l’entremise de ses visiteurs.


Derrière les murs gris de la prison ultra sécurisée d’Alençon - Condé-sur-Sarthe (Orne), l’une des principales figures du crime organisé français, Ange-Toussaint Federici, 57 ans, jardine. Entre deux parloirs, c’est à lui, et à quelques autres, qu’il revient d’entretenir les cours végétalisées du centre pénitentiaire. Détenu particulièrement signalé (DPS), ce fils de berger, originaire du village de Venzolasca (Haute-Corse), a même obtenu d’être le coordinateur de cette activité proposée par l’établissement. Une manière de passer le temps pour cet homme condamné à trente ans de réclusion criminelle pour l’assassinat, à Marseille, en 2006, de trois voyous qui contestaient sa mainmise sur la région de l’étang de Berre. Une façon, aussi, d’entretenir l’image d’un détenu paisible. La réalité est tout autre : Ange-Toussaint Federici continue, de fait, de diriger à distance un clan mafieu très hiérarchisé, disposant d’un vaste réseau familial et amical.

Longtemps, il a pensé pouvoir gérer ses affaires à l’abri des regards, depuis la prison. Il se trompait. Les parloirs et les unités de vie familiale où ses proches lui rendent visite étaient truffés de micros. Même les téléphones de ses affidés, en Corse ou sur le continent, étaient sur écoute, parfois aussi leurs domiciles et leurs véhicules. Cette enquête inédite, menée de septembre 2015 à juillet 2017 par la police judiciaire (PJ), a mis en évidence l’emprise de cette famille sur l’île, ainsi que son « business » sur le continent et à l’étranger.

Un long rapport d’étape, daté du 21 juillet, dont Le Monde a pris connaissance, fournit de nombreuses précisions sur les méthodes du « jardinier » de la prison d’Alençon - Condé-sur-Sarthe et, à un degré moindre, de son frère Jean-François, condamné quant à lui à trente ans de réclusion pour un double assassinat et détenu à Toulon. « Malgré leur incarcération, les frères Federici continuaient à piloter diverses activités criminelles, dont une partie était totalement liée à la crainte qu’ils inspiraient ou s’estimaient légitimement en droit d’inspirer », est-il écrit dans ce texte tout en nuances.

Ces investigations offrent une plongée rare au cœur d’un système mafieux auquel des élus et des entrepreneurs insulaires en vue sont confrontés. Les faits révélés ne relèvent pas nécessairement d’infractions pénales et portent souvent sur des activités a priori légales. De même, il faut conserver une certaine prudence par rapport aux propos interceptés qui peuvent refléter une réalité déformée ou inventée par leurs auteurs. Mais il apparaît clairement que les Federici, surnommés les « bergers » en référence à l’activité de leur père et à leur faible goût pour la subtilité, usent de tous les moyens pour s’infiltrer dans la vie économique et politique de leur île.

Parmi ceux qui venaient régulièrement rendre visite en prison à Ange-Toussaint Federici, alias « ATF », son fils Pierre, dit « Petit Pierre », était le plus assidu. Il est présenté par les enquêteurs comme «l’héritier». Pierre- Louis Montet, alias « Pilou », est, lui, qualifié par ces mêmes enquêteurs d’« homme de confiance » et d’« affairiste des Federici ». Autre visiteur régulier : Paul Bastiani, un cousin, toujours prêt à rapporter fidèlement à « ATF » les agissements des membres du clan et l’évolution des affaires sur l’île. Lors de ces rencontres, le « jardinier » leur parle de la levée de son statut de DPS ou de son souhait d’être transféré à la prison de Borgo (Haute- Corse). Surtout, il donne des ordres.

En juin 2016, le chef de clan est inquiet. Avec l’ami « Pilou », ils évoquent les parts que détient Jean Quilichini, un entrepreneur proche de la famille, dans l’Hôtel Casadelmar, un établissement prestigieux de Porto- Vecchio, et qu’il pourrait céder. Pour tenter de récupérer la participation de M. Quilichini, « ATF » explique à « Pilou », lors d’une nouvelle visite au parloir, comment il doit s’y prendre. Et il ajoute : « Si on veut, il nous revient 2 millions [d’euros]. »

UNE CONNAISSANCE AIGUË DES AFFAIRES

Dans les semaines suivantes, le PDG du Casadelmar, Jean-Noël Marcellesi, reçoit plusieurs visites d’hommes qu’il dira ne pas connaître. « Pilou » Montet est l’un d’eux. Le 25 juin 2016, ce dernier affirme représenter les intérêts de M. Quilichini et veut s’entretenir de la cession de ses parts. Il est venu avec ce même Jean Quilichini et un homme de main du clan, David Costa-Dolesi, qui restent dans la voiture à l’extérieur. Le PDG ne donne pas suite à ces propositions. Dans l’après- midi, Costa-Dolesi se présente à l’hôtel et demande à voir M. Marcellesi. En vain, ce dernier est absent. « L’intervention de David Costa-Dolesi auprès de M. Marcellesi démontrait parfaitement le rôle qu’il tenait dans le système de pression et d’extorsion exercé par le clan Federici sur certains entrepreneurs et acteurs du monde économique insulaire », assure le rapport d’enquête.

Les gendarmes ayant été alertés, un magistrat marseillais délivre, en février, un réquisitoire supplétif pour des faits de tentative d’extorsion en bande organisée. «Je ne suis pas quelqu’un qui menace les gens», assure aujourd’hui au Monde M. Montet. D’après lui, il s’intéressait à la reprise de l’entreprise de M. Quilichini et n’agissait, ce jour-là, qu’en son nom. Quid des échanges avec Ange- Toussaint Federici lors de ses visites à la prison ? « Ce sont des discussions à bâtons rompus, sans importance, affirme-t-il. Mes relations avec “Toussaint” sont purement amicales. On me fait porter un chapeau bien trop grand, jamais je ne déborde la ligne.» Entendu à la mi-novembre par les enquêteurs, M. Montet a bénéficié du statut de témoin assisté sur les faits d’extorsion et d’association de malfaiteurs dont il était soupçonné.

Au parloir avec son père, le 7 novembre 2015, « Petit Pierre » Federici fait, cette fois-ci, état de ses discussions avec Patrick Brandizi, l’un des principaux acteurs économiques de Haute-Corse, un homme dont le groupe de BTP a prospéré ces dernières années. « Petit Pierre » évoque notamment le projet de construction d’une zone commerciale à Pietranera, à la sortie nord de Bastia. Selon ses dires, l’entrepreneur refuse de se charger de l’attribution de l’ensemble des enseignes qui doivent s’installer sur le site et veut partager cette tâche. Pierre Federici assure avoir répondu qu’il entendait donc prendre une part de cette distribution. Une décision contestée par son père, qui lui fait la leçon sur les techniques d’intimidation et de prédation. « Il ne faut pas dire comme ça. (...) [Il faut dire]: “Le terrain, c’est le nôtre. Pour les enseignes, celui qui va rentrer, il faut qu’il passe par moi.” »

Un mois plus tard, « Petit Pierre » est de retour au centre pénitentiaire, cette fois dans l’unité de vie familiale. Il transmet alors à son père le « bonjour de Brandizi » et l’informe que ce dernier souhaite reprendre une station- service, ainsi que la gestion d’une brasserie. « ATF », loin d’être satisfait, lui ordonne de s’imposer de force dans ces deux affaires. Enfin, le 29 janvier2016, de nouveau au parloir, les Federici parlent d’un autre projet de construction commerciale sur un terrain de 50 hectares sur la commune de Vescovato. Face au refus de Brandizi de s’associer, au motif qu’il détient déjà des promesses de vente sur deux terrains contigus, « ATF » lui transmet un message par l’entremise de son fils: « Ici, tu n’achètes rien, nous y sommes, basta. »

Interrogé par Le Monde, Patrick Brandizi affirme qu’il n’aurait pas été « raisonnable et justifié » d’adresser une fin de non-recevoir brutale aux Federici, mais qu’il n’a jamais eu l’intention de faire affaire avec eux. «A Pietranera, ils voulaient me vendre un projet de construction de logements, je leur ai dit que j’avais déjà un projet en cours, depuis ils l’ont revendu. Pour Vescovato, ils voulaient faire venir un Decathlon sur leur terrain et m’associer à leur zone commerciale, j’ai dit non. A la limite, il pouvait y avoir une synergie pour aménager la circulation autour de mes terrains et du leur. »

Cet «activisme» prouve que les «bergers» ont une connaissance aiguë du monde des affaires et un goût prononcé pour la finance. Ainsi, il apparaît qu’un membre de la garde rapprochée d’« ATF » a fait appel à un cadre de la banque d’affaires Rothschild pour ouvrir une crêperie-glacier par le biais d’une société montée en Pologne. Dans sa maison, sonorisée par la police, le lieutenant d’« ATF » donne le fin mot sur le rôle du cadre bancaire en question, en mentionnant qu’il s’agissait en réalité d’élaborer un circuit de blanchiment d’argent. Sollicitée par Le Monde, la banque précise que l’intéressé a quitté ses fonctions. Ce dernier, dont le nom figure, encore aujourd’hui, au registre du commerce de Bastia, à la tête de plusieurs sociétés rattachables au clan Federici, n’a pas pu être joint par téléphone avant la publication de cet article.

D’autres interceptions techniques, effectuées sur le lieu de détention d’« ATF », entre le 7 novembre 2015 et le 19 juillet 2016, lèvent aussi le voile sur le souhait des Federici d’engager un partenariat avec Patrick Rocca, président du Groupe Rocca, l’un des premiers employeurs de l’île, présent dans de nombreux secteurs (transport, déchets, BTP, promotion immobilière et commerciale...). Les Federici sollicitent d’abord son aide pour trouver de nouveaux marchés pour leur société de fret aérien, Casinc’Air, active dans les différents aéroports de Corse et dont le chiffre d’affaires a baissé avec la perte de clients importants, comme Chronopost.

Les Federici, par le biais de « Petit Pierre », ont également démarché Patrick Rocca, détenteur de la franchise Decathlon sur l’île, pour le presser d’installer un magasin à cette enseigne sur un de leurs terrains, situé au sud de Bastia. Sollicité par Le Monde, M. Rocca se souvient de ces discussions: «Pierre Federici est venu me demander si j’avais du fret aérien, ce qui n’est pas le cas, ou si je pouvais l’aider à rencontrer un commercial de la société UPS, mais elle ne travaille pas en Corse – le marché est trop étroit. Pour le projet de Decathlon sur le terrain des Federici, cela en est resté au niveau des palabres, mais si un jour je veux me développer vers la Haute- Corse, pourquoi pas... »

L’ENTREPRENEUR FACE À L’HOMME DE MAIN

Dans leur rapport, les policiers sont bien plus suspicieux à l’égard de « Petit Pierre » et de ses démarches. Ils estiment «pouvoir légitimement [s’]interroger sur le caractère consenti des relations existantes entre M. Rocca et la famille Federici ». Il est vrai que les écoutes sont pour le moins troublantes. En mars 2015, « ATF » reçoit au parloir son frère aîné, Balthazar, maire du village familial de Venzolasca et élu (Parti radical de gauche) territorial de 2008 à 2015. Il évoque alors avec lui la reprise, par M. Rocca, de la compagnie maritime Société nationale Corse- Méditerranée (SNCM, devenue Corsica Linea). Le détenu modèle lâche qu’à sa sortie de prison il le fera « monter au village ». Une formulation qui, en langage d’initié, n’a rien d’amical. Pour M. Rocca, ces propos menaçants ne doivent pas être pris à la lettre.
«Faire monter au village ou descendre à la cave, ce sont des mots, nous explique-t-il. Ce qui compte, c’est le fruit de son travail. »

Les craintes de la police paraissent pourtant justifiées, si l’on en juge par la visite, le 26 décembre 2016, de David Costa-Dolesi – l’homme de main du clan aperçu dans le dossier Marcellesi – au bureau de ce même Patrick Rocca. «Cela a duré 45 secondes, relate ce dernier au Monde. Il m’a parlé d’un devis imaginaire, je lui ai demandé de partir, il a refusé, un incident a éclaté, mais il semble que cela soit une initiative individuelle. » L’agression physique a tourné à l’avantage de l’entrepreneur, mais David Costa-Dolesi a été arrêté et condamné, en février 2017, à dix- huit mois de prison.

D’après la PJ, les chefs d’entreprise ne sont pas les seuls à subir les pressions des Federici. Certains élus en font également les frais. Jean-Christophe Angelini, leader autonomiste et influent président de l’Agence de développement économique pour la Corse, en troisième position sur la liste conduite par Gilles Simeoni aux élections territoriales du 3 décembre, pourrait être l’un d’eux. Une hypothèse qui repose sur les dires de «Petit Pierre», qui ne cesse de répéter à son père qu’il est en relation avec l’élu au sujet de Casinc’Air, toujours en quête de nouveaux marchés. Les policiers, eux, précisent n’avoir aucune trace de liens directs entre «Petit Pierre » et M. Angelini. Un échange téléphonique, intercepté le 4 août 2015 et portant sur un marché de fret ouvert lors de l’extension de l’aéroport de Figari, est tout de même venu, selon eux, « confirmer le relationnel des Federici avec la famille Angelini ».

Ce jour-là, Pascal Angelini, le frère de Jean- Christophe, propose à « Petit Pierre » de rester en lice pour le nouveau marché de fret, afin de faire barrage à d’autres concurrents, puis de se désister en sa faveur. «Preuve, s’il en était, notent les policiers, que les règles d’attribution des marchés publics s’effaçaient devant la puissance de la famille.» Contacté par Le Monde, Jean-Christophe Angelini admet connaître Pierre Federici, mais précise qu’il n’a pas été «sollicité sur des affaires de marchés» et qu’il n’a jamais «abordé ces sujets avec lui ». Il dément, par ailleurs, le rôle prêté à son frère Pascal dans l’affaire de fret à Figari. S’agissait-il, pour le fils d’« ATF », de se prévaloir auprès de son père de contacts qu’il n’avait pas ou qu’il espérait avoir? La question demeure sans réponse. C’est aussi la limite d’une enquête essentiellement fondée sur la surveillance technique.

Le suivi des multiples conversations du clan montre que de nombreux projets ont avorté ou n’ont pas dépassé le stade de la parole. Ceux qui ont abouti visaient souvent des interlocuteurs disposant de peu de moyens de résistance. Ainsi, en octobre 2015, les échanges de « Petit Pierre » avec un oncle par alliance ont mis en évidence les mésaventures du maire de Saint-Florent (Haute- Corse). A l’époque, le fils d’Ange-Toussaint cherche à acquérir des terrains sur cette commune pour un projet de construction. Il s’intéresse de près au plan local d’urbanisme (PLU) et entame des discussions avec le maire (divers droite), Claudy Olmeta. Le 25 janvier 2016, il fait savoir à son père que l’élu « bloque tout ». « ATF » lui rétorque : « La prochaine fois que tu vas le voir, passe-lui le téléphone, juste pour lui dire bonjour.» Les policiers ont ce commentaire : « Un bonjour loin d’être purement amical... »

Le maire tient pourtant bon. Le 22 juin 2016, le PLU de Saint-Florent est adopté et rend caduque le projet des Federici. Trois jours plus tard, « Petit Pierre » se rend à la mairie pour « avoir des explications » et pour qu’on lui « arrange le terrain ». A l’issue du rendez- vous, il estime avoir « parlé dans le vide ». L’enquête ne dit pas ce qui s’est passé jusqu’au 26 septembre 2016 mais, à cette date, ce même Pierre Federici et son oncle annoncent avoir signé une promesse de vente et relancé ainsi le projet de construction. Le 15 janvier 2017, le terrain est acheté. Interrogé par Le Monde, le maire de Saint-Florent n’a pas souhaité s’exprimer.

La commune très touristique de Bonifacio (Corse du Sud) fait, elle aussi, partie des cibles du clan. En 2015, « Petit Pierre » informe son père de son intérêt pour une propriété de 20 000 mètres carrés, dont seuls 6 000 seraient constructibles. Ange-Toussaint a une solution toute trouvée: il faut aller voir le maire pour lui dire de doubler la surface constructible et de ne pas faire apparaître son nom sur les premières démarches. Une autre affaire a paru intéresser au plus haut point les Federici dans cette commune: un projet immobilier en jachère, situé au-dessus de la splendide baie de Santa-Manza, au nord de la ville. Des investisseurs suisses sont sollicités. La police note : « Cette société suisse récemment créée (mai 2016), dont l’objet social consiste à mettre en relation des investisseurs, pourrait constituer aisément un paravent destiné à donner une apparence légale à des opérations financières douteuses mises en place par le clan Federici. » Joint par Le Monde, le maire (LRM) de Bonifacio, Jean- Charles Orsucci, n’a pas souhaité faire de commentaires sur ces différents dossiers.

« J’AI LA RANCUNE TENACE »

Les surveillances effectuées sur les Federici attestent, enfin, la permanence de liens entre l’univers des voyous et celui de la politique. Elles laissent supposer que la fonction d’« agent électoral », selon l’expression policière, n’a pas disparu... L’interception, le 12 novembre 2015, de la ligne de « Pilou » Montet montre Dominique Viola, alias « Mimi », bras droit de Paul Giacobbi, alors président (divers gauche) de l’exécutif de la collectivité territoriale de Corse et député de Haute-Corse, en train de solliciter l’aide de Montet pour remplir les salles de meeting en vue des élections territoriales de décembre 2015. Viola lui demande de joindre ses contacts politiques, notamment à la mairie de Bastia, pour mobiliser du monde.

Le 29 novembre 2015, Viola le rappelle :

«Bombarde dans ton relationnel, parce que le meeting d’hier soir, il a déjà fait effet. (...) Regarde pour le 3 à Bastia et à Ajaccio pour le 4 au soir pour faire venir des gens. (...) Le vendredi sera terminal à Ajaccio, tu monteras ton copain V., comme ça vous venez. (...) Allez remplis, remplis.» Des efforts vains. M. Giacobbi sera battu par une coalition réunissant autonomistes et indépendantistes. Interrogé à ce sujet par Le Monde, M. Montet dira ne plus se souvenir. M. Viola, contacté à sa mairie de Santo- Pietro-di- Venaco, n’a pas souhaité répondre.

De sa prison, le paisible «jardinier» Federici peut ainsi suivre l’évolution des intérêts de son clan à coups d’ordres ou de conseils donnés à ses visiteurs chargés de les répercuter à l’extérieur. A l’occasion, il veille aussi à les protéger d’appétits concurrents. Au parloir, les 18 et 19 mars2017, il est ainsi en colère. Son cousin Paul vient de lui rapporter que les frères Moretti, autres figures du banditisme insulaire, ont tenté de mettre la main sur des affaires de promenades en mer dans l’extrême Sud, un secteur très touristique qu’il considère être sous son contrôle. «Les Moretti, les Moretti? Celui qui a une discussion avec ces gens-là, une discussion hein, c’est fini, terminé, il n’y a plus rien ! (...) Ces réunions, ça, c’est de la merde, tu sais ce que j’ai fait quand je suis arrivé, j’ai pris mon sac, je suis descendu et bouh bouh bouh [il imite trois coups de feu], il faut faire comme ça. (...) Je vais les éradiquer, j’ai la rancune tenace, je te dis... Même les enfants... La rancune, je la garde. »

A eux seuls, ces propos illustrent sans doute la crainte inspirée en Corse par le seul nom des Federici. Mais si la violence est une arme, elle ne suffit pas, notamment face aux services de l’Etat. D’autres groupes mafieux insulaires, plus sophistiqués, comme La Brise de mer, en Haute-Corse, ou celui dirigé par Jean- Jérôme Colonna en Corse du Sud, ont traversé, à partir des années 1980, près de trente ans d’histoire criminelle sans avoir jamais été observés d’aussi près. Pour l’avocat historique de la famille Federici, Me Dominique Mattei, «il reste à faire la part, judiciairement, entre l’espoir de faire des affaires et leur réalité ». « D’ailleurs, ajoute-t-il, Pierre Federici et son père sont ressortis libres de leur audition, et je crois que, dans ce dossier, la justice entend surtout vérifier que cette famille ne vit pas du produit du blanchiment de sommes accumulées dans le passé. »

Le Sporting Club de Bastia dans la ligne de mire

La ville de bastia est l’une des zones d’influence privilégiées des « bergers » de Venzolasca. Le fief, en Haute-Corse, de ce clan redouté sur l’ensemble de l’île. Son chef, Ange-Toussaint Federici, dit « ATF », s’en félicite, en septembre 2016, lors d’une visite au parloir de son ami Jean-Michel Fondacci à la prison d’Alençon - Condé-sur-Sarthe (Orne), où il est incarcéré. «A Bastia, tout est en règle», lui dit-il. Le club de football local, le Sporting Club de Bastia (SCB), n’échappe pas à son appétit. Les policiers soupçonnent en effet les Federici d’avoir voulu faire main basse sur cette institution insulaire.

Dès le 7 novembre2015, alors que le SCB connaît des difficultés financières – l’été précédent, il a frôlé la relégation en Ligue 2 –, « ATF » explique à son fils Pierre que c’est lui « le patron » du Sporting. Il donne ensuite la ligne à suivre auprès des dirigeants en place : transmettre ses ordres (répéter « Papa a dit comme ça »), investir sans exagération (« Tu mets la moitié de ce qu’ils t’ont dit ») et récupérer une partie de la mise (« Tu demandes 15 000 euros par mois »). Le sujet, visiblement, lui tient à cœur.

En décembre de la même année, « ATF » informe de nouveau l’un de ses cousins qu’il veut prendre le contrôle total du SCB. Mais les discussions traînent et ne sont pas si simples. En mars 2017, écrivent les policiers dans un rapport dont Le Monde a eu connaissance, il s’entretient avec un autre cousin, Paul Bastiani. Selon les enquêteurs, « ATF » se montre alors très ferme et mécontent lorsqu’il apprend que « beaucoup de monde » va discuter avec Pierre-Marie Geronimi, le président du SCB. «Le seul que j’ai autorisé, c’est Pilou [Pierre- Louis Montet, son homme de confiance] », dit-il agacé.

Dépôt de bilan et rétrogradation

La situation financière du club se dégrade. La menace d’une descente en Ligue 2, voire en National (la troisième division), se dessine. Au printemps 2017, M. Montet s’active pour chercher des financements. Il est, lui-même, en tant que dirigeant de la société de sécurité Sisis, chargée de la sécurité du Sporting, intéressé par l’avenir du club. Parmi les candidats au rachat figure Qwant, le moteur de recherche sur Internet français, qui était déjà un sponsor du SCB pour la saison 2016-2017. Selon les enquêteurs, son dirigeant, Eric Léandri, qui n’a pas donné suite aux sollicitations du Monde, assure alors qu’il est d’accord pour prendre des parts sans revendiquer une place au sein de l’état-major du club, ce qui semble convenir aux Federici.

Pierre-Marie Geronimi ne semble pas associé à ces discussions. L’été dernier, une dizaine d’entrepre- neurs, dont M. Léandri et M. Montet, tombent d’accord pour tenter de sauver le club. La police judiciaire souligne que ces éléments « calquent quasi parfaitement les propos tenus par Ange-Toussaint Federici à son cousin Paul Bastiani ». Finalement, ce projet échouera.

Si le Sporting avait été maintenu en Ligue 2 par les instances du football français, le montage était viable. Mais le club, contraint de déposer le bilan, est rétrogradé d’office en National 3 (championnat amateur), perdant ainsi son statut professionnel, ses droits télévisuels et des subventions conséquentes. D’un coup, l’intérêt des Federici décroît. La veille du dépôt de bilan, M. Montet a tout de même obtenu du président Geronimi qu’il lui verse les 130.000 euros dus par le club à la société Sisis. Une chance que n’auront pas la plupart des créanciers... Sollicité, M. Geronimi n’a pas donné suite aux sollicitations du Monde. M. Montet se défend pour sa part d’avoir « joué un grand rôle » et assure qu’en aucun cas « il n’agissait pour le compte de la famille Federici ». Il dément tout lien d’affaires avec eux et rappelle qu’il a été placé sous le statut de témoin assisté – et non de mis en examen – par les magistrats chargés de l’enquête. Selon lui, « tout cela relève d’une construction policière bâtie sur quelques bribes de phrases bien choisies ». A l’entendre, « l’influence de “Toussaint” », depuis sa prison, est « nulle »

02/12/2017

Kyani, une nouvelle chaîne de Ponzni en Belgique

L'arnaque Kyani




Kyani




Petit rappel avant d'aborder le sujet pour ceux qui atterrisses sur terre, une chaîne de Ponzi consiste a recruter des pigeons, qui ceux-là mêmes alimenteront la chaîne en recrutant d'autres pigeons.

Il est gros, moche et habillé comme un plouc. C'est ce que j'ai retenu de la tête du réseau en Belgique. Et surtout il est inculte ! Voilà pour la scène. Entrons dans le vif du sujet. L'affaire qui nous concerne est une arnaque qui a fait déjà des milliers de victimes belges, mais apparemment ni la police ni la justice et ni le ministère des Finances ne veulent lever le petit doigt. On attendra donc le fin mot de l'histoire et l'évaporation des millions d'euros une fois que les médias aux abonnés absents se réveilleront.

L'histoire que j'ai vécue et que je raconte a commencé par l'invitation d'un ami a une séance d'information a l'hôtel Penta, prés du quartier Louise. Qui se même ami est devenu membre du gang des Kyanistes en achetant une caisse de produit bidon a 530 euros. À l'heure de vous ecrire cet article, Kyani ou les mystérieux fondateurs pseudo milliardaire ont décidé d'augmenté le prix a 670 euros ! Apparemment ça marche tellement bien, que les réseaux s'en mettent plein les poches.

En arrivant à l'hôtel, nous sommes accueillis par mon ami et c'est collegues. La séance peut débuté, une jolie libanaise (en faite elle est marocaine, je le découvrirais en janvier 2017) nous fait sont spitch. Je suis assis a coté de deux autres amis, dont un travaille chez Lidl et un autre chez Engie. D'emblée nous sommes attiré par la beauté libanaise et par sont style vestimentaire et nous remarquons vite sont amateurisme pour parlé de Kyani. Surtout que mon ami X lui est chaud comme un lapin lui lançant a tous bout de champ des compliments. Quant a moi je suis débutatif et étant de nature curieuse je remets tout en question concernant c'est affirmation sur c'est pseudo slide vantant l'équivalence de c'est produit sont sain et rempli de vitamine. Notre merveilleuse Libanaise nous affirmera sans rire que le produit Kyani est un produit qui comporte plus de 100 fruits .... Je vous laisse imaginé comme je rigole intérieurement de son blabla.

Durant la séance d'information, notre beauté libanaise nous montre la chaîne de commandement grâce a un organigramme qui dit que quand ont vend plus, ont monte dans la hiérarchie et les différentes catégories que l'ont peut espère attendre de Kynani. Je vous explique, Diamant, Ruby et tout les autres nom prolifique ( signifie que vous réussi a ramette des gogos pigeons dans la chaîne d'alimentation des comptes en banque). À partir de la signature du premier contrat vous avez 1 mois pour recruter 2 pigeons qui vous payer 670 euros pour touché +- 230 euros. Après ça vous avez intérêt a agrandir votre réseau de vente pour que ceux-ci recrutent des autres pigeons a leurs tours, sinon vous perdaient tout ! Retour à la case départ donc ! Et adieu la belle voiture et les voyages avec Kyani

Toujours durant notre séance d'info, notre jolie Libanaise demande a l'un de c'est assistant de faire venir sa Mercedes blanche toute neuve. Elle nous présente ça voiture à travers la vitre de l'hotel, ce qui émerveille mon ami qui travaille chez Lidl. J'apprendre plus tard que celui-ci a signé un bon de commande de 530 euros chez Kyani aussi. À ce jour il n’a rien touché, il a tout perdu ! Et celui qui la recruter qui est mon ami aussi, lui na rien touché non plus. Pire, un nouvel acteur dans mon environnement ma invitée a vernir le rencontré à l'hôtel aussi. Ce professeur de religion dans l'enseignement néerlandophone est un économiste fait partie de la nouvelle bande de Kyani, et ce que j'ai entendu dépasse l'entendement pour faire court!

Cette rencontre a lieu courant janvier 2017 toujours a l'hôtel penta, chaussée de Charleroi.

  • Vente d’un produit miracle futur ou encore non rependu : Kyäni fait des produits bien-être dit « miracle » qui « changerons votre vie » tels que « Alaska de saumon aux OMEGA 3 » etc...
En lisant les lignes, j'ai modifié les lieux et les noms, fonction pour que l'ont puisse pas m'identifier mes nombreux amis et escroc qui font signer des contrats, car je ne suis pas un auxiliaire de justice et ne souhaite pas apporter mon aide a la manifestation de la vérité envers les forces de police. Comme le dit mon avocat, a chacun sont métier, moi j'écris et relate l'histoire et eux ils doivent s'organiser et travailler pour mettre hors d'état de nuire les chaînes de Ponsni.


Qui a-t-il dans ce flacon de produit ?

En analysant la liste des produits chimique decrit sur l'etiquette j'ai découvert la liste suivante



Kyani

Kyani




Analyse étiquette pot n*1
Glycerine humectant : Une substance naturelle, rarement à l'état libre, composant notamment les triglycérides.  Commercialement synthétisée de diverses manières, notamment comme sous-produit de la production du savon, depuis le propylène, par fermentation bactériologique de sucre [
La manière la plus simple reviendrait au savon: corps gras + soude → savon + glycérol. L'utilisation d'oléagineux transgéniques ne serait pas exclue

Purifed water: C'est une eau purifiée qui est une eau issue d'un traitement physique destiné à supprimer les impuretés. Ca pureté n'est pas composé d'un indice sur l'etiquette.

Fructose: Le fructose est l'un des sucres contenus dans les fruits, tandis que le fructose vendu actuellement dans le commerce est produit industriellement au départ de l'amidon. Il est utilisé dans certains produits dits à tort « pour diabétiques » ou « light » comme édulcorant. Il donne une saveur sucrée aux produits dans lesquels l'industriel la injecté.

Noni juice: Le jus de Noni provient du fruit de l’arbre de Morinda citrifolia également appelé Nono ou pomme-chien, originaire d’Asie du Sud-Est ou d’Australie. Il est connu pour être un remède contre un certain nombre de maladies.

Morinda citrifolia Le nono ou pomme-chien est un arbre tropical de la famille des Rubiaceae, originaire d'Asie ou d'Australie. « Noni » est l'appellation commerciale courante du jus extrait de la pulpe du fruit.

Magnesium chloride hexahydrate

Caramel (coloring agent)

citric acid (acidifier)

spearmint (flavouring)

vitamin blend (thiamin, niacin)

zinc sulfate monohydrate

microen capsulated CoQ10 (CoQ10 and gum acacia encapsulating agent)

Quicksorb (mixture of ginger rhizome

amla fruit et capsicum fruit extratc

chromium chloride hexahydrate






Les acteurs et ce qui ma marqué durant la présentation


Des cartes de crédit qui sont spéciales 



Le gros Mohamed : Tête de réseau en Belgique



Tête de réseau en France : C'est lui qui a lancé Kyani en Belgique



La légende des milliardaires : photo de famille et blabla de singe


Mes amis font pression sur moi et ne comprenne pas pourquoi je participe pas a Kyani


Les têtes de pont du réseau en Belgique : Team Fusion


Yousri : à dépasser son maître en termes de chiffre d'affaires et Mourad. Tous trois sont des diamants à l'exception de Yousri qui est diamant vert.




29/11/2017

Afrique de l’ouest

Les entreprises belge en Afrique


En perte d’influence dans l’ex-Afrique belge depuis la disparition du dictateur Moboutu,
où des autocrates ombrageux s’incrustent au pouvoir, la Belgique se tourne de plus en plus vers l’Afrique de l’Ouest. Une zone économiquement prometteuse, mais politiquement fragile.

Une fois n’est pas coutume, l’Afrique est à l’agenda belge, français et européen ces prochains jours. A Abidjan, capitale économique de la Côte d’Ivoire, se tiendra, les 29 et 30 novembre, le 5e sommet Europe-Afrique. Ce rendez-vous nord-sud, organisé pour la première fois en  zone subsaharienne, réunira 40 chefs d’Etat africains et leurs 27 homologues européens.

Une grand-messe de plus ? Des voix appellent de leurs vœux un new deal entre les deux continents, un nouvel engagement collectif pour l’Afrique, dix ans après l’adoption d’une « stratégie conjointe ». Priorité affichée : la jeunesse (60 % de la population africaine a moins de 25 ans). Mais il sera aussi question de sécurité, de migration, des droits de l’homme, de commerce. « L’avenir de l’Europe et celui de l’Afrique sont indissociables, confie un diplomate européen en poste à Abidjan : si l’Afrique n’enregistre pas des progrès économiques, politiques et sociaux substantiels, elle sombrera dans la misère, la violence et le terrorisme, et l’Europe, confrontée à cette poudrière et à la pression migratoire, plongera avec elle ! »

Un discours fondateur

Deux jours avant de se rendre à Abidjan, Emmanuel Macron doit prononcer, à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, le discours fondateur de sa politique africaine. Un exercice délicat, après le tollé provoqué par sa déclaration du 8 juillet dernier sur la natalité africaine, frein au développement. A la question d’un journaliste ivoirien qui lui demandait s’il fallait « un plan Marshall pour sauver l’Afrique », le président français a répondu : « Quand des pays ont encore aujourd’hui 7 à 8 enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien. » Il a qualifié ce défi démographique de « civilisationnel », d’où une polémique qui a mis en évidence une relation franco- africaine toujours aussi passionnée.

Diplomatie et business

Le président français profitera de sa visite à « Ouaga » pour inaugurer la centrale solaire de Zagtouli, la plus grande du Sahel, construite près de la capitale. Etat pauvre et enclavé, le Burkina Faso mise sur l’énergie solaire pour alimenter son réseau en mégawatts, alors que l’écrasante majorité des 19 millions de Burkinabè n’a pas encore accès à l’électricité et que les délestages sont fréquents. Coût du projet de Zagtouli : 47,5 millions d’euros, dont 25 accordés par l’Union européenne sous forme de don. Le reste est financé par un prêt de l’Agence française de développement. La firme allemande Solarworld a fourni les 130 000 panneaux photovoltaïques, tandis que la coordination du chantier et la maintenance du site sont assurés par Cegelec, filiale du groupe français Vinci. La diplomatie et le business faisant bon ménage dans les relations franco- africaines, le président français lancera aussi, en marge du sommet Europe- Afrique, les travaux du métro d’Abidjan. Le projet, qui vise à décongestionner cette ville de cinq millions d’habitants, est porté à bout de bras par la France : Macron a promis d’accorder à la Côte d’Ivoire une aide financière de 2,125 milliards d’euros, dont 1,4 milliard pour boucler le budget de la première ligne de métro. Deux sociétés françaises bénéficieront de cette manne à hauteur de 58 %, Bouygues et Keolis, filiale de la SNCF, le solde revenant à deux firmes coréennes.

Stratégie d’influence

« Par l’intermédiaire de groupes privés comme Bouygues, Bolloré, Carrefour et Orange, la France est de plus en plus présente en Côte d’Ivoire et dans d’autres pays de son ancien “pré carré” africain », constate un correspondant de presse français à Abidjan. Sur place, certains parlent même d’une forme de « recolonisation » via l’économie. Une certitude : l’aide au développement est conçue comme un levier important de la stratégie d’influence française sur le continent. « La France et l’Espagne ont signé des accords bilatéraux de conversion de la dette ivoirienne en financement de nombreux projets de développement, ce qui favorise leurs entreprises, relève un homme d’affaires belge actif en Afrique de l’Ouest. Moins stratégique, la Belgique, elle, a simplement annulé, en 2012, 133 milliards de francs CFA de dette ivoirienne. »

Le marché ouest-africain intéresse pourtant de plus en plus les dirigeants d’entreprises belges, comme en témoigne leur présence en nombre lors de récentes missions économiques organisées dans la région. Le prochain déplacement officiel belge en Afrique de l’Ouest sera celui de Charles Michel : avant de participer lui aussi au sommet Europe-Afrique d’Abidjan, le Premier ministre fera un détour par Bamako les 27 et 28 novembre, afin de « consolider la coopération » avec le Mali. Il en profitera pour rendre visite aux troupes belges déployées, dans ce pays déstabilisé par les groupes djihadistes depuis 2012. Au centre d’entraînement de Koulikoro, les militaires belges encadrent la formation des forces armées maliennes. La Belgique assure le commandement militaire de cette mission européenne EUTM jusqu’à la fin janvier 2018. La présence belge se réduira ensuite à une vingtaine d’hommes, au lieu de 180. Mais la Belgique renforcera son engagement dans la mission onusienne de maintien de la paix Minusma, au nord et au centre du Mali. Dans le même temps, le G5 Sahel, la nouvelle force antidjihadiste africaine, lancera ses premières opérations aux confins du Mali, du Niger et du Burkina Faso. Objectif : reprendre pied dans les zones délaissées par les Etats.

Reynders sur la touche


Au moment de la visite du Premier ministre belge au Mali, son chef de la diplomatie, Didier Reynders, se trouvera à Kinshasa, où il doit inaugurer la nouvelle ambassade de Belgique, un imposant immeuble érigé le long du boulevard du 30 Juin. Le ministre des Affaires étrangères ne fera toutefois qu’un saut de puce de quelques heures, le 27 novembre, dans la capitale congolaise. Et pour cause : ses déclarations d’avril dernier selon lesquelles la lettre et l’esprit de l’accord congolais de la Saint-Sylvestre 2016 n’ont pas été respectés (lors de la nomination du nouveau Premier ministre, Bruno Tshibala, récusé par le Rassemblement de l’opposition) ont provoqué un refroidissement des relations belgo-congolaises. En septembre, à New York, Joseph Kabila a insisté pour que Didier Reynders soit tenu à l’écart de sa rencontre avec Charles Michel. L’entourage du président congolais accuse le ministre belge de s’aligner sur les positions de l’opposition, qui rejette le nouveau calendrier électoral – les élections fixées au 23 décembre 2018 – et réclame une « transition sans Kabila » dès le 31 décembre 2017.

Les relations diplomatiques belgo- burundaises sont plus exécrables encore. Le président Pierre Nkurunziza, qui a décroché un troisième mandat controversé en juillet dernier, au terme d’une élection boycottée par l’opposition, a instauré dans son pays un régime de terreur. Son entourage multiplie les attaques en règle contre Bruxelles, des officiels belges ayant attiré l’attention internationale sur la répression sanglante de la contestation au Burundi. « Tout est bloqué, le régime se referme sur lui-même », a déploré Reynders. Le président burundais, lui, accuse la Belgique, ancien pays de tutelle, d’avoir « semé les divisions ethniques entre Burundais ».

La Belgique marche sur des œufs


La diplomatie belge marche également sur des œufs au Rwanda, l’autre pays des Grands Lacs, en plein essor grâce à une politique économique ultralibérale, mais marqué par une dérive autocratique, l’élimination d’opposants et l’instrumentalisation des élections. La démocratie et les droits de l’homme sont devenus des sujets quasi tabous dans les relations belgo-rwandaises, la Belgique craignant les répliques cinglantes de Paul Kagame, l’homme fort du pays. En 2015, il a, lui aussi, accusé le colonisateur belge d’avoir créé des divisions ethniques entre Hutu et Tutsi, présentées comme l’une des causes lointaines du génocide de 1994. En août, après la réélection de Kagame pour un troisième mandat de sept ans à la tête d’un pays qu’il dirige d’une main de fer depuis vingt-trois ans, les Etats- Unis ont jugé son score (98 %) peu crédible. Plus prudente, la Belgique s’est contentée d’inscrire sa politique dans le cadre européen : l’Union a « salué » des élections « sûres », tout en invitant à plus d’efforts de « transparence ».

Certes, l’Afrique centrale continue à inspirer de nombreuses initiatives des pouvoirs publics belges, des entités fédérées, des universités et du secteur privé. La RDC, le Rwanda et le Burundi restent les principaux pays partenaires de la coopération belge. Et les pays de l’Union européenne comptent toujours sur l’expertise belge dans la région des Grands Lacs (elle vaut en fait surtout pour la RDC). Mais les relations houleuses avec Kinshasa, Bujumbura et Kigali conduisent Bruxelles à se frotter avec réticence à l’épineux dossier de l’Afrique centrale.

Abidjan, porte du marché ouest-africain

D’où l’intérêt porté par la Belgique à l’Afrique de l’Ouest. Le Burkina Faso et la Guinée Conakry ont rejoint, en 2015, la liste des partenaires de la coopération belge, où figuraient déjà le Bénin, le Mali, le Niger, le Sénégal. Ouagadougou a accueilli, fin octobre, une mission économique bruxelloise forte d’une trentaine de dirigeants d’entreprises. « Le pays est devenu un modèle démocratique pour la région, estime un analyste de l’Union européenne en poste dans la capitale burkinabè. La corruption y est moins présente qu’ailleurs. Ses handicaps ? Une croissance économique de 6 % insuffisante pour relever le niveau de vie de la population, qui augmente chaque année de 3 %, une main-d’œuvre peu qualifiée, un enclavement géographique qui accroît le coût de l’énergie, et l’insécurité dans le nord, où opèrent les djihadistes. Les forces de sécurité et les services de renseignement du Faso sont sortis affaiblis de la transition. »

Quelques jours plus tôt, la princesse Astrid a conduit une mission écono- mique belge à Abidjan. Elle visait à ouvrir les portes du marché ouest-africain aux sociétés belges. Plus de 140 firmes y ont participé, dont 55 situées en Région bruxelloise, le gouvernement Vervoort ayant décidé de faire de l’Afrique de l’Ouest une priorité. « La Flandre met l’accent sur les relations avec l’Asie, la Wallonie s’intéresse à l’Amérique latine, alors Bruxelles choisit l’Afrique », observe un attaché commercial. Cécile Jodogne, secrétaire d’Etat bruxelloise au commerce extérieur (DéFI), insiste sur la dimension francophone de la zone : « Une langue commune favorise des relations économiques privilégiées. »

La Belgique est le deuxième exportateur européen de marchandises vers la Côte d’Ivoire (derrière la France) et le deuxième importateur européen (après les Pays-Bas). Le commerce du cacao et celui du matériel de transport pèsent lourd dans les échanges avec le géant économique de l’Afrique de l’Ouest.

Pour rassurer les investisseurs, les ministres et diplomates belges présents à Abidjan ont vanté la « stabilité politique et institutionnelle » de la Côte d’Ivoire et la croissance économique ivoirienne (6,9 % cette année), qui accentue la demande locale de services et d’investissements en infrastructures. Des routes et des ponts sont rénovés, le port d’Abidjan s’agrandit avec, à la clé, de gros contrats. Mais la plupart sont raflés par les groupes français, chinois et marocains. Le royaume de Mohammed VI pilote notamment le chantier titanesque de la baie de Cocody, à Abidjan.

Soro, inspiré par Macron ?

Avec le soutien inconditionnel de ses partenaires étrangers, le président ivoirien Alassane Dramane Ouattara (« ADO ») poursuit sa politique économique libérale business friendly. Pour autant, le rythme des réformes visant à améliorer le climat des affaires s’est ralenti. Les recettes fiscales et d’exportations de la Côte d’Ivoire ont été frappées par la chute des cours internationaux du cacao, première source de revenus du pays. De plus en plus de voix, à Abidjan, jugent que l’objectif de l’« émergence » annoncé pour 2020 et martelé par les dirigeants ivoiriens devant la délégation belge n’est plus qu’un slogan destiné à rassurer les investisseurs. Le chef de l’Etat est accusé d’avoir négligé le social, d’avoir ignoré les attentes des laissés-pour-compte de la croissance. Cette année, les fonctionnaires sont descendus dans la rue pour exiger le paiement d’arriérés de salaires et les anciens rebelles des Forces nouvelles sont sortis des casernes les armes à la main pour réclamer des primes. Le gouvernement ivoirien a capitulé face à cette menace, ce qui a terni son image dans la population.

La fin du second mandat d’Alassane Ouattara s’annonce délicate, alors que la coalition au pouvoir (le RDR de Ouat- tara et le PDCI de l’ancien président Henri Konan Bédié) a du plomb dans l’aile. Le régime ne craint plus un retour armé des pro-Gbagbo, les partisans de l’ancien chef de l’Etat, détenu par la Cour pénale internationale (et qui séjournerait en Belgique en cas de liberté provisoire, début 2018). En revanche, plusieurs sources à Abidjan nous assurent que Guillaume Soro, l’ex-chef rebelle devenu président de l’Assemblée nationale, que l’on dit proche d’Emmanuel Macron, compte bien rééditer en Côte d’Ivoire l’OPA macronienne sur le paysage politique français. « Les réseaux de clientélisme développés pendant la guerre civile restent manifestes dans les cercles proches du pouvoir et pourraient exacerber les tensions politiques, notent les experts de Credendo, l’assureur-crédit belge. La réconciliation d’après-guerre progresse trop lentement et pose un risque majeur. » Credendo classe le risque politique du pays en catégorie 6 sur une échelle qui compte sept niveaux.




25/11/2017

Le business à Gaza

Palestine

Les entrepreneurs attendent de la réconciliation entre Hamas et Fatah la réouverture des postes-frontières
Il ne faut pas se laisser berner par la taille extravagante du salon, plongé dans une semi-pénombre, ni par les canapés dorés. Bien sûr, Emad Arafat est fier de sa maison familiale de trois étages à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza. Il ya investi une sacrée somme, plus de 400 000 euros.

Mais dans ce cadre confortable, si rare dans le territoire palestinien exsangue après dix ans d’embargo et trois guerres contre Israël, l’homme exprime une mélancolie qui ressemble à un renoncement. Emad Arafat, entrepreneur polyvalent de 53 ans, simple homonyme de l’ancien leader historique palestinien, ne fonde pas d’espoir démesuré dans le processus de réconciliation entre les islamistes du Hamas, qui contrôlent la bande de Gaza, et le Fatah du président Mahmoud Abbas.

L’ensemble des factions palestiniennes sont attendues au Caire, mardi 21 novembre, pour un nouveau cycle de négociations, dans le cadre de la réconciliation palestinienne encouragée par l’Egypte. Les 2 millions d’habitants qui se serrent à Gaza attendent une amélioration de leur vie quotidienne. Parmi les plus impatients figurent les commerçants, les entrepreneurs, tous ceux pour qui la Cisjordanie et Israël, côté nord, et l’Egypte, côté sud, représentent à la fois des bassins de clientèle potentiels et des sources d’approvisionnement en matières premières. La réouverture du point de passage de Rafah, vers l’Egypte, est un préalable indispensable.

« On ne peut rien planifier »


Mais Emad Arafat aura-t-il la patience d’attendre ? Depuis avril, il a arrêté d’importer cinq camions mensuels de plâtre. « Il n’y a plus d’argent à Gaza. J’ai reçu beaucoup de chèques en bois », dit-il. A cela s’ajoutent les taxes, versées à la fois au Hamas et à l’Autorité palestinienne (AP), sans compter celles payées en Israël à l’arrivée des chargements au port d’Ashdod. Une tonne de plâtre achetée en Egypte coûte 50 dollars (environ 42 euros) ; l’addition passe à 130 dollars pour l’acheminer à Gaza. La tonne y est revendue avec un profit de cinq dollars seulement.

L’entrepreneur est dans les affaires depuis vingt-trois ans. L’ère du gouvernement Hamas, depuis 2007, a été une catastrophe, sous l’effet redoublé des embargos égyptien et israélien. « L’économie est brisée, constate Emad Arafat. Le Hamas ne sait pas gérer les affaires, il ne pense qu’à percevoir l’argent. Regardez les rues de Rafah, autour de nous. Les gens sont assis, bras croisés, et ne savent pas quoi faire. On passe notre temps à attendre, on ne peut rien planifier. J’ai six fils. On verra dans six mois. Si rien ne change, je ferai sortir ma famille. »

Emad Arafat a un passeport égyptien et un plan B. Il a construit une petite usine produisant du charbon de bois près du Caire, en Egypte. Son frère risque de l’accompagner. Wissam, 40 ans, a fermé sa société il y a un mois. Trop de pertes, 80 000 euros en deux ans. Il importait des produits cosmétiques d’Egypte.

Placée sous assistance internationale, l’économie gazaouie est faite de bouts de ficelle. Le taux de chômage chez les jeunes dépasse 40 %. Les chiffres sont catastrophiques chez les diplômés, qui ne savent comment employer leurs compétences. Le recyclage à l’infini, dans des échoppes miséreuses, représente la première activité commerçante. Les impayés en électricité sont importants ; beaucoup d’habitants s’offrent des raccordements pirates, en plus de leur ligne officielle. On ne peut rien conserver au frigo car il s’arrêtera de fonctionner. On mange comme on vit, au jour le jour. Les mesures punitives contre le Hamas, décidées par l’Autorité palestinienne en mars, n’ont fait qu’empirer les choses. Les salaires des fonctionnaires ont été amputés d’un tiers. L’électricité a été réduite à une poignée d’heures. L’AP tarde à rétablir la totalité du paiement à Israël de la facture énergétique mensuelle de Gaza.

L’usine d’Al-Awda est un modèle et une rareté dans la bande de Gaza. Il s’agit de la plus grande entreprise palestinienne de fabrication de snacks et de sucreries. Elle emploie 400 employés, venant pour l’essentiel des camps de réfugiés dans les quartiers avoisinants, à Deir Al-Balah, au centre du territoire. Par le passé, 60 % de la production étaient destinés à la Cisjordanie.

Retards de paiement

Avec l’embargo, les employés ne travaillent plus aujourd’hui qu’une douzaine de jours par mois, au lieu de vingt-six. Malgré trois générateurs, les coupures brutales d’électricité provoquent la détérioration des équipements électroniques. Et l’importation des pièces de rechange depuis Israël est un casse-tête, l’Etat hébreu se méfiant de leur possible usage militaire.

Manal Hassan, 39 ans, est la directrice exécutive de la société Al- Awda. Dynamique, précise, souriante, elle raconte les mille obstacles du quotidien pour faire fonctionner l’usine. Exemple, la farine turque qui passe par le port d’Ashdod : les taxes dépassent 40 % ; la marchandise transite en camion vers un entrepôt en Israël, avant de repartir en camion pour le poste-frontière de Kerem Shalom, où elle est transbordée dans de nouveaux camions à l’intérieur de la bande de Gaza... « J’ai 100 productions différentes à gérer. Imaginez de combien de matières premières j’ai besoin ! Je n’arrive pas à suivre, je passe mes journées à écrire des lettres aux Israéliens. »

Manal Hassan saluerait l’ouverture du point de passage de Rafah vers l’Egypte. Mais le vrai électrochoc serait, selon elle, la construction d’un port et d’un aéroport à Gaza, ce que les Israéliens refusent. Sans cela, pense-t-elle, difficile d’imaginer une revitalisation de l’économie locale. « Il y a aussi des gens riches à Gaza, mais ce sont des commerçants, pas des producteurs. Il faut les convaincre de construire des usines, au lieu d’importer des tonnes de gâteaux. »

Sami Fojo peut en parler. Il a commencé dans les affaires par un atelier de menuiserie. C’était en 1997. Puis il est rapidement passé au commerce, important du ciment et des métaux, grâce à ses bons contacts développés au fil du temps avec des entrepreneurs en Cisjordanie. Il avait un permis israélien pour sortir de Gaza, annulé il y a deux ans, sans raison. « Je travaille par téléphone, dit-il. Il y a deux ou trois ans, j’avais 60 employés. Il m’en reste cinq, tous de ma famille. » Sami Fojo fournit les matières premières pour des projets internationaux, bien identifiés. « Mais contrairement au passé, les bailleurs de fonds qataris et turcs ne paient plus à temps. Ils ont parfois trois mois de retard. » Sami Fojo est fatigué. « L’embargo fait mourir le business. Nous sommes en soins intensifs. »

21/11/2017

L’activiste Carson Block accuse Casino d’espionnage

Espionnage


Parfois, la vie des affaires n’a rien à envier à un film d’espionnage. Dans le cas présent, cependant, il s’agit plus de Johnny English que de James Bond. Le Wall Street Journal  (WSJ) a révélé lundi 6 novembre qu’un consultant français, spécialiste du terrorisme, Jean-Charles Brisard, s’était fait passer pour un journaliste du quotidien américain des affaires afin de cuisiner Carson Block, célèbre gérant du fonds spéculatif new- yorkais Muddy Waters. Rendez-vous avait été pris le 30 octobre dans un hôtel de Manhattan. Le financier, qui avait éventé la supercherie, a filmé l’entretien avec son smartphone. Dans cette vidéo, on entend M.Block interroger son interlocuteur sur sa véritable identité. L’homme affirme être un journaliste, même s’il reconnaît ne pas être mandaté par le WSJ. Quand M. Block lui demande s’il est envoyé par le distributeur Casino, celui que le WSJ identifie comme M. Brisard nie, puis se lève et s’en va. M. Brisard n’a pas répondu à nos appels.

M. Block accuse le groupe français, contre lequel il avait lancé une virulente campagne en décembre 2015 afin de faire plonger son cours de Bourse, de le faire espionner : « La façon dont l’entreprise [Casino] utilise des enquêteurs se faisant passer pour des journalistes et des représentants des autorités montre le désintérêt des dirigeants pour l’éthique et les règles. » « Nous condamnons ces méthodes, c’est une nouvelle accusation calomnieuse de Muddy Waters », conteste le distributeur.
Ces derniers mois, Muddy Waters a constaté d’autres demandes de renseignements suspectes, notamment d’un soi-disant représentant de l’Autorité des marchés financiers (AMF). Le 1er novembre, le fonds spéculatif a déposé un recours auprès d’un tribunal new-yorkais afin de contraindre Google à livrer l’identité des personnes associées aux comptes Gmail utilisés pour ces échanges, notamment celui s’inspirant du nom d’un correspondant du WSJ à Paris.

M.Brisard, président du Centre d’analyse du terrorisme, est également enquêteur pour le compte d’entreprises. Une profession à laquelle le fonds Muddy Waters (« eaux boueuses », en français) a souvent recours. M. Block, qui aime lui aussi approcher ses cibles sous un faux nom, emploie à l’occasion d’anciens de la CIA... spécialistes du détecteur de mensonges.