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21/06/2018

Des passeports européens à vendre

Réunis en Suisse, les acteurs de ce marché n’apprécient pas que l’on s’intéresse à eux.




passeport européen à vendre


Maintenant, vous êtes invités à sortir. » « Arrêtez de héler les participants, sinon nous appelons la po- lice. » Les journalistes du Monde n’étaient clairement pas les bienvenus, mardi 5 juin, à la grande rencontre annuelle des vendeurs de passeports « en or ». Baptisée « Forum de la citoyenneté par l’investissement », cette conférence a réuni pendant trois jours à Genève les principaux acteurs de ce business contesté. En plein essor, il consiste à commercialiser auprès de super-riches du monde entier la citoyenneté de pays leur permettant de circuler plus facilement sur la planète.

Pour un montant allant de quelques centaines de milliers à 2 millions d’euros, ceux-ci peuvent notamment s’offrir des passeports d’Etats caribéens, de Chypre ou de Malte – qui permettent de voyager librement dans l’Union européenne (UE). Ce négoce jusqu’ici très discret fait l’objet depuis quelques mois de révélations inquiétantes dans la presse. Proches de Vladimir Poutine pourvus de passeports chypriotes ; Iraniens ayant acheté la nationalité de Saint- Kitts-et-Nevis (Caraïbes), pour échapper aux sanctions internationales ; contournement des règles européennes à Malte...

Ces scandales ont jeté un froid parmi les représentants gouvernementaux des pays vendeurs, les cabinets d’avocats et les experts de la vérification d’identité, qui avaient l’habitude de se retrouver en toute tranquillité dans le cadre luxueux du Grand Hôtel Kempinski, au bord du lac Léman. « Il y a beaucoup d’incompréhension de la part de la presse, qui est mal renseignée sur le sujet, déclare ainsi Bruno L’Ecuyer, directeur de la principale association professionnelle du secteur, organisatrice du forum. Les articles à charge et les gros titres font vendre, mais nous parlons ici d’une activité bénéfique pour les pays et les gens. Il ne faut pas ostraciser ceux qui investissent dans l’économie. »

Les scandales ont pourtant attiré l’attention de la Commission européenne et de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui réfléchissent toutes deux à la façon de réguler ce secteur jusqu’ici très peu contrôlé. Les deux institutions s’inquiètent, notamment, du fait que ces passeports « en or » puissent servir à contourner des procédures fiscales ou judiciaires dans les pays d’origine. Mais Le Monde n’a pas pu assister à plus de deux heures de conférence. Les organisateurs ont notamment argué de discussions « trop techniques » et « confidentielles », ou d’articles trop critiques » pour nous laisser y assister.

Sur la défensive

Pas question, par exemple, de suivre les débats sur la question très sensible du contrôle des acheteurs de passeports, souvent issus de pays exposés au risque de corruption ou de blanchiment d’argent, à l’image de la Chine, de la Russie ou du Moyen-Orient. Grands pourvoyeurs de passeports, les pays caribéens sont particulièrement sur la défensive. Les cinq pays de la région qui ont ouvert leur nationalité à la vente utilisent en effet largement, comme argument de vente, les accords signés en 2009 et 2015 avec l’UE, permettant à leurs citoyens de circuler librement sans visa dans l’espace Schengen.

« Or, si Schengen fait pression, il faudra forcément qu’on change les programmes », redoute déjà Mark Scott, promoteur immobilier à Grenade. Cela ne sera pas facile, tant le marché des passeports est devenu crucial pour ces petits territoires insulaires. « Pour la Dominique, c’est 1 milliard de dollars caribéens, soit 25 % de notre PIB », explique Emmanuel Nanthan, représentant du programme sur l’île. Tout aussi inquiet, Dimitry Kochenov, professeur à l’université néerlandaise de Groningen et président du Forum de la citoyenneté par l’investissement, a carrément assimilé ce business à la défense de la démocratie libérale, dans son discours d’ouverture. « Notre secteur est menacé par la progression des populistes qui veulent juste être entourés des gens de leur village et geler le monde en empêchant les gens de vivre la vie qu’ils veulent dans un monde ouvert », s’est-il alarmé depuis la tribune de l’un des plus beaux hôtels cinq étoiles de Genève...



passeport européen
passeport européen à vendre














15/03/2018

Anvers, capitale européenne de la cocaïne consommée en Europe

Anvers, capitale européenne de la drogue
Anvers, capitale européenne de la drogue

Anvers devient la Colombie de l’Europe. Car c’est bien par cette ville portuaire que transite plus de la moitié de la cocaïne consommée en Europe. Une situation à laquelle une nouvelle unité de police doit remedier. La cible principale du « plan du Fleuve » (Stroomplan) : les barons de la drogue, pour qui « la fête » sera bientôt « finie », à en croire les différentes autorités désormais réunies sous le nom de Kali-Team. Un nom qui fait notamment référence à la ville colombienne de Cali, où les cartels de la drogue sont parvenus à infiltrer tous les niveaux.

Si l’appellation du nouveau groupe d’action laisse à désirer en termes de communication – Anvers n’étant pas réellement comparable à Cali – son objectif a le mérite d’aller plus loin que la dénommée war on drugs menée par le bourgmestre, Bart De Wever (N-VA), contre les petits dealers anversois. Désormais, les services concernés collaboreront pour s’attaquer, aussi, au blanchiment d’argent, aux flux financiers illicites et au trafic international. Polices, parquets, douanes et entreprises portuaires devront œuvrer pour mettre fin aux scènes hollywoodiennes dont la métropole est le théâtre, allant des appels publics à éliminer des informateurs de la police aux règlements de compte perpétrés en plein jour.

La mission n’est pas sans obstacle. D’après certains experts, elle aurait même de sérieux risques d’échouer. Au vu de la persévérance des cartels, le Stroomplan pourrait déplacer le trafic vers d’autres points de transit. Le projet néglige en outre un pan considérable de la problématique, à savoir
celui des consommateurs. Ces derniers se trouvent dans toutes les couches de la population, notamment parmi les avocats, les banquiers, les douaniers ou les policiers qui, comme à Cali, sont parfois tentés d’offrir leurs services à de riches criminels. Actuellement, aucune stratégie n’est prévue pour comprendre ce qui pousse les citoyens à consommer, et ce qui pourrait les en dissuader. « Je ne peux qu’appeler les consommateurs à ne pas le faire », avait déclaré Bart De Wever au micro de la VRT. Des propos un peu légers, alors qu’une véritable aide structurelle aux usagers pourrait renforcer l’efficacité d’une politique répressive en cassant la demande de cocaïne qui pérennise le marché. Une baisse du nombre d’acheteurs affaiblirait également l’économie informelle qui, d’après un récent rapport d’enquête, aurait surpassé l’économie légale dans le district de Borgerhout.

La lecture politique du Stroomplan dévoile aussi une démarche électorale, à quelques mois des élections communales. Flanqué de trois ministres et d’un secrétaire d’Etat, le leader de la N-VA s’est en quelque sorte approprié le plan d’action fédéral, tout en embarquant le CD&V et l’Open VLD dans sa campagne sécuritaire. Bart De Wever s’est, dans la foulée, acheté un temps précieux, alors que les résultats de sa guerre contre la drogue demeurent invisibles, et que les critiques fusent. Le « plan du Fleuve » l’aidera peut-être à mieux déceler les financements locaux suspects. Mais, en coulisse, le drame social alimenté par les clans et les caïds est déjà profondément enraciné. Un gouffre dans lequel s’enfonce la jeunesse des quartiers défavorisés, et auquel les contrôles fiscaux et douaniers ne changeront rien, en l’absence de chances d’ascension sociale par la voie légale.

12/12/2017

Prospère industrie de l’armement


BAE SYSTEMS


Le ciel du golfe Persique devient décidément bruyant et encombré. Au-delà du succès de leurs compagnies aériennes, ce sont les avions de combat qui désormais obscurcissent l’horizon. Le Qatar vient ainsi de confirmer la commande de 24 avions au britannique BAE Systems, associé à Airbus, pour un total de 6,7 milliards de dollars (5,7 milliards d’euros). Une paille pour cette petite enclave de 2,5 millions d’habitants, signataire, une semaine auparavant, d’un contrat de 12 Rafale supplémentaires auprès du français Dassault, qui lui avait déjà vendu 24 autres appareils en 2015. Un effort modeste comparé aux 72 chasseurs américains F-15 de Boeing également achetés cette année. A ce rythme, l’émirat devrait rapidement posséder sur son territoire plus d’avions de combat que la France (196). Rappelons que l’Arabie saoudite, avec ses 30 millions d’habitants, possède déjà plus de 400 avions militaires.

Voilà au moins des pays qui utilisent une bonne partie de leur fortune pour soutenir l’industrie occidentale de l’armement. Et elle les en remercie. 

En 2016, les cent premières firmes du secteur ont enregistré à elles seules près de 375 milliards de dollars de chiffre d’affaires, en hausse de 2 %, selon les résultats publiés par le Stockholm International Peace Research Institute (Sipri). Depuis trente ans, l’institut publie chaque année des données complètes sur le commerce des armes dans le monde.

La première évidence est le poids considérable des Etats-Unis. Le pays place 7 entreprises dans les 10 premières, le trio de tête étant constitué de Lockheed Martin, suivi de Boeing et Raytheon. Au total, les américains représentent à eux seuls près de 60 % des ventes d’armes du top 100 mondial. Vient ensuite l’Europe, largement dominée par la Grande-Bretagne, grâce à BAE Systems, le seul à être présent significativement aussi aux Etats-Unis. La France est deux fois plus petite, plaçant une seule entreprise, Thales, dans le top 10, hormis l’européen Airbus. L’Allemagne connaît, elle, une forte croissance, de près de 7 %, grâce à ses ventes de chars.

L’inconnue chinoise

Avec retard sur l’industrie traditionnelle, le bouleversement qui se dessine concerne l’Asie. La Corée du Sud, absente des classements, refait son retard à grande allure. Elle a déjà dépassé l’Allemagne, également un Japon en fort déclin,et sa croissance dépasse les 20 %. Reste l’inconnue chinoise. C’est la grande absente du classement, car elle ne publie aucun chiffre. Les experts du Sipri estiment cependant qu’elle dispose, avec le constructeur aéronautique Avic et le spécialiste des systèmes terrestres Norinco, deux entreprises déjà dans le top 10 mondial.

La chaudière de l’armement fonctionne donc à pleins fourneaux pour alimenter les poudrières qui se constituent, essentiellement en Asie et au Moyen-Orient. Les industriels produisent désormais 40 % de plus qu’il y a quinze ans. Le désarmement mondial n’est pas pour demain.

02/12/2017

Kyani, une nouvelle chaîne de Ponzni en Belgique

L'arnaque Kyani




Kyani




Petit rappel avant d'aborder le sujet pour ceux qui atterrisses sur terre, une chaîne de Ponzi consiste a recruter des pigeons, qui ceux-là mêmes alimenteront la chaîne en recrutant d'autres pigeons.

Il est gros, moche et habillé comme un plouc. C'est ce que j'ai retenu de la tête du réseau en Belgique. Et surtout il est inculte ! Voilà pour la scène. Entrons dans le vif du sujet. L'affaire qui nous concerne est une arnaque qui a fait déjà des milliers de victimes belges, mais apparemment ni la police ni la justice et ni le ministère des Finances ne veulent lever le petit doigt. On attendra donc le fin mot de l'histoire et l'évaporation des millions d'euros une fois que les médias aux abonnés absents se réveilleront.

L'histoire que j'ai vécue et que je raconte a commencé par l'invitation d'un ami a une séance d'information a l'hôtel Penta, prés du quartier Louise. Qui se même ami est devenu membre du gang des Kyanistes en achetant une caisse de produit bidon a 530 euros. À l'heure de vous ecrire cet article, Kyani ou les mystérieux fondateurs pseudo milliardaire ont décidé d'augmenté le prix a 670 euros ! Apparemment ça marche tellement bien, que les réseaux s'en mettent plein les poches.

En arrivant à l'hôtel, nous sommes accueillis par mon ami et c'est collegues. La séance peut débuté, une jolie libanaise (en faite elle est marocaine, je le découvrirais en janvier 2017) nous fait sont spitch. Je suis assis a coté de deux autres amis, dont un travaille chez Lidl et un autre chez Engie. D'emblée nous sommes attiré par la beauté libanaise et par sont style vestimentaire et nous remarquons vite sont amateurisme pour parlé de Kyani. Surtout que mon ami X lui est chaud comme un lapin lui lançant a tous bout de champ des compliments. Quant a moi je suis débutatif et étant de nature curieuse je remets tout en question concernant c'est affirmation sur c'est pseudo slide vantant l'équivalence de c'est produit sont sain et rempli de vitamine. Notre merveilleuse Libanaise nous affirmera sans rire que le produit Kyani est un produit qui comporte plus de 100 fruits .... Je vous laisse imaginé comme je rigole intérieurement de son blabla.

Durant la séance d'information, notre beauté libanaise nous montre la chaîne de commandement grâce a un organigramme qui dit que quand ont vend plus, ont monte dans la hiérarchie et les différentes catégories que l'ont peut espère attendre de Kynani. Je vous explique, Diamant, Ruby et tout les autres nom prolifique ( signifie que vous réussi a ramette des gogos pigeons dans la chaîne d'alimentation des comptes en banque). À partir de la signature du premier contrat vous avez 1 mois pour recruter 2 pigeons qui vous payer 670 euros pour touché +- 230 euros. Après ça vous avez intérêt a agrandir votre réseau de vente pour que ceux-ci recrutent des autres pigeons a leurs tours, sinon vous perdaient tout ! Retour à la case départ donc ! Et adieu la belle voiture et les voyages avec Kyani

Toujours durant notre séance d'info, notre jolie Libanaise demande a l'un de c'est assistant de faire venir sa Mercedes blanche toute neuve. Elle nous présente ça voiture à travers la vitre de l'hotel, ce qui émerveille mon ami qui travaille chez Lidl. J'apprendre plus tard que celui-ci a signé un bon de commande de 530 euros chez Kyani aussi. À ce jour il n’a rien touché, il a tout perdu ! Et celui qui la recruter qui est mon ami aussi, lui na rien touché non plus. Pire, un nouvel acteur dans mon environnement ma invitée a vernir le rencontré à l'hôtel aussi. Ce professeur de religion dans l'enseignement néerlandophone est un économiste fait partie de la nouvelle bande de Kyani, et ce que j'ai entendu dépasse l'entendement pour faire court!

Cette rencontre a lieu courant janvier 2017 toujours a l'hôtel penta, chaussée de Charleroi.

  • Vente d’un produit miracle futur ou encore non rependu : Kyäni fait des produits bien-être dit « miracle » qui « changerons votre vie » tels que « Alaska de saumon aux OMEGA 3 » etc...
En lisant les lignes, j'ai modifié les lieux et les noms, fonction pour que l'ont puisse pas m'identifier mes nombreux amis et escroc qui font signer des contrats, car je ne suis pas un auxiliaire de justice et ne souhaite pas apporter mon aide a la manifestation de la vérité envers les forces de police. Comme le dit mon avocat, a chacun sont métier, moi j'écris et relate l'histoire et eux ils doivent s'organiser et travailler pour mettre hors d'état de nuire les chaînes de Ponsni.


Qui a-t-il dans ce flacon de produit ?

En analysant la liste des produits chimique decrit sur l'etiquette j'ai découvert la liste suivante



Kyani

Kyani




Analyse étiquette pot n*1
Glycerine humectant : Une substance naturelle, rarement à l'état libre, composant notamment les triglycérides.  Commercialement synthétisée de diverses manières, notamment comme sous-produit de la production du savon, depuis le propylène, par fermentation bactériologique de sucre [
La manière la plus simple reviendrait au savon: corps gras + soude → savon + glycérol. L'utilisation d'oléagineux transgéniques ne serait pas exclue

Purifed water: C'est une eau purifiée qui est une eau issue d'un traitement physique destiné à supprimer les impuretés. Ca pureté n'est pas composé d'un indice sur l'etiquette.

Fructose: Le fructose est l'un des sucres contenus dans les fruits, tandis que le fructose vendu actuellement dans le commerce est produit industriellement au départ de l'amidon. Il est utilisé dans certains produits dits à tort « pour diabétiques » ou « light » comme édulcorant. Il donne une saveur sucrée aux produits dans lesquels l'industriel la injecté.

Noni juice: Le jus de Noni provient du fruit de l’arbre de Morinda citrifolia également appelé Nono ou pomme-chien, originaire d’Asie du Sud-Est ou d’Australie. Il est connu pour être un remède contre un certain nombre de maladies.

Morinda citrifolia Le nono ou pomme-chien est un arbre tropical de la famille des Rubiaceae, originaire d'Asie ou d'Australie. « Noni » est l'appellation commerciale courante du jus extrait de la pulpe du fruit.

Magnesium chloride hexahydrate

Caramel (coloring agent)

citric acid (acidifier)

spearmint (flavouring)

vitamin blend (thiamin, niacin)

zinc sulfate monohydrate

microen capsulated CoQ10 (CoQ10 and gum acacia encapsulating agent)

Quicksorb (mixture of ginger rhizome

amla fruit et capsicum fruit extratc

chromium chloride hexahydrate






Les acteurs et ce qui ma marqué durant la présentation


Des cartes de crédit qui sont spéciales 



Le gros Mohamed : Tête de réseau en Belgique



Tête de réseau en France : C'est lui qui a lancé Kyani en Belgique



La légende des milliardaires : photo de famille et blabla de singe


Mes amis font pression sur moi et ne comprenne pas pourquoi je participe pas a Kyani


Les têtes de pont du réseau en Belgique : Team Fusion


Yousri : à dépasser son maître en termes de chiffre d'affaires et Mourad. Tous trois sont des diamants à l'exception de Yousri qui est diamant vert.




25/11/2017

Le business à Gaza

Palestine

Les entrepreneurs attendent de la réconciliation entre Hamas et Fatah la réouverture des postes-frontières
Il ne faut pas se laisser berner par la taille extravagante du salon, plongé dans une semi-pénombre, ni par les canapés dorés. Bien sûr, Emad Arafat est fier de sa maison familiale de trois étages à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza. Il ya investi une sacrée somme, plus de 400 000 euros.

Mais dans ce cadre confortable, si rare dans le territoire palestinien exsangue après dix ans d’embargo et trois guerres contre Israël, l’homme exprime une mélancolie qui ressemble à un renoncement. Emad Arafat, entrepreneur polyvalent de 53 ans, simple homonyme de l’ancien leader historique palestinien, ne fonde pas d’espoir démesuré dans le processus de réconciliation entre les islamistes du Hamas, qui contrôlent la bande de Gaza, et le Fatah du président Mahmoud Abbas.

L’ensemble des factions palestiniennes sont attendues au Caire, mardi 21 novembre, pour un nouveau cycle de négociations, dans le cadre de la réconciliation palestinienne encouragée par l’Egypte. Les 2 millions d’habitants qui se serrent à Gaza attendent une amélioration de leur vie quotidienne. Parmi les plus impatients figurent les commerçants, les entrepreneurs, tous ceux pour qui la Cisjordanie et Israël, côté nord, et l’Egypte, côté sud, représentent à la fois des bassins de clientèle potentiels et des sources d’approvisionnement en matières premières. La réouverture du point de passage de Rafah, vers l’Egypte, est un préalable indispensable.

« On ne peut rien planifier »


Mais Emad Arafat aura-t-il la patience d’attendre ? Depuis avril, il a arrêté d’importer cinq camions mensuels de plâtre. « Il n’y a plus d’argent à Gaza. J’ai reçu beaucoup de chèques en bois », dit-il. A cela s’ajoutent les taxes, versées à la fois au Hamas et à l’Autorité palestinienne (AP), sans compter celles payées en Israël à l’arrivée des chargements au port d’Ashdod. Une tonne de plâtre achetée en Egypte coûte 50 dollars (environ 42 euros) ; l’addition passe à 130 dollars pour l’acheminer à Gaza. La tonne y est revendue avec un profit de cinq dollars seulement.

L’entrepreneur est dans les affaires depuis vingt-trois ans. L’ère du gouvernement Hamas, depuis 2007, a été une catastrophe, sous l’effet redoublé des embargos égyptien et israélien. « L’économie est brisée, constate Emad Arafat. Le Hamas ne sait pas gérer les affaires, il ne pense qu’à percevoir l’argent. Regardez les rues de Rafah, autour de nous. Les gens sont assis, bras croisés, et ne savent pas quoi faire. On passe notre temps à attendre, on ne peut rien planifier. J’ai six fils. On verra dans six mois. Si rien ne change, je ferai sortir ma famille. »

Emad Arafat a un passeport égyptien et un plan B. Il a construit une petite usine produisant du charbon de bois près du Caire, en Egypte. Son frère risque de l’accompagner. Wissam, 40 ans, a fermé sa société il y a un mois. Trop de pertes, 80 000 euros en deux ans. Il importait des produits cosmétiques d’Egypte.

Placée sous assistance internationale, l’économie gazaouie est faite de bouts de ficelle. Le taux de chômage chez les jeunes dépasse 40 %. Les chiffres sont catastrophiques chez les diplômés, qui ne savent comment employer leurs compétences. Le recyclage à l’infini, dans des échoppes miséreuses, représente la première activité commerçante. Les impayés en électricité sont importants ; beaucoup d’habitants s’offrent des raccordements pirates, en plus de leur ligne officielle. On ne peut rien conserver au frigo car il s’arrêtera de fonctionner. On mange comme on vit, au jour le jour. Les mesures punitives contre le Hamas, décidées par l’Autorité palestinienne en mars, n’ont fait qu’empirer les choses. Les salaires des fonctionnaires ont été amputés d’un tiers. L’électricité a été réduite à une poignée d’heures. L’AP tarde à rétablir la totalité du paiement à Israël de la facture énergétique mensuelle de Gaza.

L’usine d’Al-Awda est un modèle et une rareté dans la bande de Gaza. Il s’agit de la plus grande entreprise palestinienne de fabrication de snacks et de sucreries. Elle emploie 400 employés, venant pour l’essentiel des camps de réfugiés dans les quartiers avoisinants, à Deir Al-Balah, au centre du territoire. Par le passé, 60 % de la production étaient destinés à la Cisjordanie.

Retards de paiement

Avec l’embargo, les employés ne travaillent plus aujourd’hui qu’une douzaine de jours par mois, au lieu de vingt-six. Malgré trois générateurs, les coupures brutales d’électricité provoquent la détérioration des équipements électroniques. Et l’importation des pièces de rechange depuis Israël est un casse-tête, l’Etat hébreu se méfiant de leur possible usage militaire.

Manal Hassan, 39 ans, est la directrice exécutive de la société Al- Awda. Dynamique, précise, souriante, elle raconte les mille obstacles du quotidien pour faire fonctionner l’usine. Exemple, la farine turque qui passe par le port d’Ashdod : les taxes dépassent 40 % ; la marchandise transite en camion vers un entrepôt en Israël, avant de repartir en camion pour le poste-frontière de Kerem Shalom, où elle est transbordée dans de nouveaux camions à l’intérieur de la bande de Gaza... « J’ai 100 productions différentes à gérer. Imaginez de combien de matières premières j’ai besoin ! Je n’arrive pas à suivre, je passe mes journées à écrire des lettres aux Israéliens. »

Manal Hassan saluerait l’ouverture du point de passage de Rafah vers l’Egypte. Mais le vrai électrochoc serait, selon elle, la construction d’un port et d’un aéroport à Gaza, ce que les Israéliens refusent. Sans cela, pense-t-elle, difficile d’imaginer une revitalisation de l’économie locale. « Il y a aussi des gens riches à Gaza, mais ce sont des commerçants, pas des producteurs. Il faut les convaincre de construire des usines, au lieu d’importer des tonnes de gâteaux. »

Sami Fojo peut en parler. Il a commencé dans les affaires par un atelier de menuiserie. C’était en 1997. Puis il est rapidement passé au commerce, important du ciment et des métaux, grâce à ses bons contacts développés au fil du temps avec des entrepreneurs en Cisjordanie. Il avait un permis israélien pour sortir de Gaza, annulé il y a deux ans, sans raison. « Je travaille par téléphone, dit-il. Il y a deux ou trois ans, j’avais 60 employés. Il m’en reste cinq, tous de ma famille. » Sami Fojo fournit les matières premières pour des projets internationaux, bien identifiés. « Mais contrairement au passé, les bailleurs de fonds qataris et turcs ne paient plus à temps. Ils ont parfois trois mois de retard. » Sami Fojo est fatigué. « L’embargo fait mourir le business. Nous sommes en soins intensifs. »

26/01/2017

Quand voguent les enchères

Arnaque à touristes ou aubaine pour amateurs éclairés ? Un journaliste spécialisé dans les ventes d’art embarque pour une croisière en Méditerranée. Son but : en apprendre plus sur les combines de Park West. Cette galerie américaine, qui organise des ventes aux enchères à bord de paquebots, s’est attiré une réputation sulfureuse.




Park West



De tous les passagers réunis pour la vente aux enchères, l’homme assis devant moi est celui qui donne le plus l’impression de n’être venu que pour boire un coup gratuitement. Les prospectus déposés dans nos cabines annonçaient que le champagne coulerait à fots et, parmi les élégants polos et les jolies robes d’été, ce sexagénaire se distingue par sa tenue décontractée : un débardeur blanc au logo “Virginia Beach” délavé, un short de sport noir et la visière de sa casquette bleue rabattue sur des lunettes de soleil.

Il est 11 heures du matin et notre paquebot, le Norwegian Epic, traverse les bouches de Bonifacio, entre la Sardaigne et la Corse, emportant vers l’Italie ses quelque six mille passagers et membres d’équipage. Tandis que le personnel de salle fait entrer les acheteurs potentiels, un serveur approche avec un plateau de verres de champagne. L’homme au débardeur vide joyeusement une fûte : “Et voilà pour le petit déjeuner !” Avant que les enchères ne commencent, le commissaire-priseur nous invite à observer attentivement des dizaines d’œuvres d’art disposées sur des chevalets dans la pièce – des marines impressionnistes, des chaumières mièvres de Thomas Kinkade [un peintre américain décédé en 2012, connu pour ses scènes et paysages kitsch], une statue de la Liberté version pop art de Peter Max, et une composition surréaliste représentant une olive anthropomorphique.

L’amateur de champagne s’appelle Chuck Bialon et vient de Pittsburgh. Il me dit avoir assisté à des dizaines de ventes de ce type au fil des ans. “C’est une arnaque”, me glisse-t-il à l’oreille. Les commissionnaires circulent dans la salle, à portée de voix, proposant à des collectionneurs en puissance des prix avant enchère qu’ils présentent comme des rabais spectaculaires. Bialon m’alerte à mi-voix sur le danger caché : la couverture Wi-Fi est si mauvaise à bord qu’il est pratiquement impossible d’aller vérifer les prix du marché sur Google – et les passagers ont donc peu de chance d’apprendre que des clients mécontents accusent depuis longtemps la maison qui organise les enchères, la galerie Park West, de vendre des œuvres d’art surévaluées comme des investissements.

Il a pourtant un jour acheté un Rembrandt pour 12 000 dollars lors d’une croisière Carnival aux Caraïbes, ajoute-t-il. Une gravure qui trône désormais dans sa salle à manger. Je voudrais lui demander des détails, mais le commissaire priseur m’a vu prendre des notes. Pour l’instant, je dois jouer le jeu et me fondre à la foule. Si je suis là aujourd’hui, c’est parce qu’il flotte un parfum de scandale autour des enchères d’art sur les paquebots de croisière.

Fondée en 1969, Park West a son siège dans les environs de Détroit et se revendique comme la plus grande galerie d’art du monde. Elle vend des tableaux et des sculptures dans les milliers d’enchères qu’elle organise chaque année sur plus d’une centaine de paquebots. Park West travaille avec la Norwegian, la Royal Caribbean et Carnival [les trois plus gros croisiéristes au monde]. Toutes ces compagnies touchent un pourcentage sur les ventes. La galerie a déjà pu revendiquer un chifre d’affaires annuel de pas moins de 400 millions de dollars et compte plus de 2 millions de clients.

Ces chiffres vertigineux s’accompagnent toutefois de nombreuses plaintes. Depuis 2008, la galerie fait l’objet de toute une série de poursuites judiciaires pour pratiques commerciales abusives, notamment pour de fausses signatures de Salvador Dalí et des promesses de retour sur investissement. Une déclaration écrite de la galerie, déposée auprès d’un tribunal en 2012 dans le cadre d’un contentieux d’assurance, atteste qu’au moins vingt et un clients de Park West ont engagé onze procès aux États-Unis.

Selon un autre document du même dossier, signé en 2013 par le fondateur de Park West, six de ces recours collectifs ont été regroupés en une seule procédure de litige. Park West était accusée d’avoir vendu des œuvres d’art à des prix surévalués en usant de pressions psychologiques, en présentant des évaluations fondées sur des méthodologies fantaisistes et en mentant sur l’authenticité des pièces.

Park West a qualifé ces allégations d’infondées, mais précise tout de même avoir accepté en 2011 un accord amiable prévoyant des remboursements partiels et la reprise de certaines œuvres. La galerie affirme avoir depuis lors modifé certaines de ses pratiques commerciales, et donne désormais à ses clients quarante jours pour reprendre les œuvres et quarante mois pour les échanger.

En dépit de ces actions en justice, les ventes d’art de Park West ne se sont jamais mieux portées. Cette bonne santé est soit un formidable rebondissement de l’entreprise, soit la preuve qu’elle n’a jamais rien fait de mal. Afin de démêler le vrai du faux, j’ai réservé une cabine sans fenêtre sur l’Epic pour un circuit en Méditerranée entre l’Italie, la France et l’Espagne. Oui, je serai payé pour m’offrir une semaine de croisière – mais non sans prendre certains risques : en 2009, le capitaine d’un paquebot de la Royal Caribbean a ordonné à ses agents de sécurité de débarquer un enseignant new-yorkais à Oslo, en plein milieu de la croisière, après que celui-ci eut imprimé un prospectus pour informer ses compagnons de voyage des procès en cours contre Park West. Pour éviter d’en arriver là, je ne dirai rien de ma mission. Mais si on me pose la question, je n’en ferai pas non plus mystère.

Sur le coup de midi, Scott Bisset, 48 ans, et Sharyn Miller, 51 ans, viennent suivre une vente dans le salon Bliss Ultra bain – est savamment étudiée : “Il ne faut surtout pas qu’ils pensent que vous avez de l’argent. Sans quoi, les prix risquent de grimper.” Ce couple cosmopolite vit à Dubaï, mais lui est originaire du Royaume-Uni, où ils possèdent une maison, et elle passe une partie de son temps à s’occuper du bétail dans sa ferme familiale de Nouvelle-Zélande. Bisset et Miller savent parfaitement où ils mettent les pieds : ils ont déjà acheté des œuvres à Park West lors d’une précédente croisière et c’est des clients satisfaits qui reviennent.

Après s’être fait enregistrer et avoir récupéré leur plaquette d’acheteur [la “raquette” que lèvent les enchérisseurs], ils font le tour du salon pour examiner les 300 tableaux exposés. Ils en repèrent quatre, dont une “édition limitée” d’un phare de Thomas Kinkade et une vue d’un pont sur la Seine de Daniel Wall, peintre chinois établi en Caroline du Nord qui, selon le site Internet de Park West, est à l’origine d’un mouvement dit d'impressionnisme intense”. Avant l’ouverture de la séance de vente, Park West propose au couple les quatre tableaux en un seul lot, avec une mise à prix de 5 100 dollars – une somme déjà bien en deçà du prix unitaire afché au catalogue. Tout le monde prend place et la vente peut débuter. Sur son estrade, le commissaire-priseur, Dillon Cilliers, rappelle au public les conditions de vente imprimées sur les plaquettes, soulignant l’article 1, qui précise en grosses lettres majuscules que “toutes les ventes sont définitives”.

Cilliers, un fringant Sud-Africain, dicte le tempo, débitant son boniment à toute allure et abattant son marteau de bois sur la table. Le lot de Bisset et Miller arrive sur la sellette. Ils l’emporteront s’il n’y a pas de concurrence. Personne n’enchérit. Adjugé pour 5 100 dollars. “On ne peut pas vraiment appeler ça des enchères, admet Mme Miller. Mais je pense que nous avons économisé 3 000 dollars.” Avant la fin de la séance, le couple acquiert encore un autre Daniel Wall fgurant un paysage de Central Park (pour 570 dollars) et un deuxième phare de Thomas Kinkade (pour 1 150 dollars). Il s’agit bien d’une œuvre sur toile, mais est-ce pour autant un tableau ? Dificile à dire. De près, on remarque des touches de couleur et des coups de pinceau qui, par endroits, donnent de la texture à l’image.

Park West ne vend généralement pas de pièces uniques au sens où l’entendraient la plupart des collectionneurs amateurs. Mis à part quelques œuvres de prestige, il propose essentiellement des reproductions enrichies de quelques éléments singuliers, comme une signature manuscrite. La terminologie officielle distingue les “giclées”, obtenues par impression numérique à jet d’encre, des sérigraphies, imprimées sur de la soie tendue sur cadre, et des “techniques mixtes”, qui, comme la plupart des œuvres de Peter Max, sont des lithographies sur papier enrichies de touches de peinture. Il m’a fallu passer des journées entières dans la galerie et assister à plusieurs ventes pour comprendre ces subtilités – sachant que je couvre les ventes d’art depuis des années en tant que journaliste et que j’ai un doctorat en archéologie. Les traces de pinceau m’ont désarçonné – et ce n’est qu’en consultant le catalogue que j’ai compris que les œuvres d'impressionnisme intense” de Wall étaient en fait des “giclées sur toile rehaussées à la main”.

La maison Park West reconnaît d’ailleurs que la plupart de ses œuvres d’art sont en partie produites en série. Qu’en est-il alors des Kinkade qu’a acquis Melle Miller, elle n'aurait pas les lithos qu’elle a vues à l’exposition, mais d’autres tirages de la même série, envoyés de Floride par le service d’encadrement et d’expédition de la galerie. Ainsi, les pièces présentées sur le paquebot peuvent rester en place. C’est d’ailleurs écrit noir sur blanc à l’article 16 des conditions de vente : si vous achetez une œuvre en technique mixte ou rehaussée, “vous recevrez plus probablement une œuvre unique qui est une variante de l’exemple exposé”. Au total, Bisset et Miller ont dépensé 7 079 dollars cet après-midi-là.

Nous avons jeté l’ancre au large de Cannes lorsque les pièces de prestige sont exposées dans la galerie d’art du pont 5 : une lithographie d’arabesques colorées de Joan Miró, signée et numérotée, une gravure d’Henri Matisse et quelques estampes en noir et blanc de Marc Chagall. La pièce maîtresse est un ensemble de six gravures de Salvador Dalí que je reconnais au premier coup d’œil. Je n’en reviens pas de les voir mises à l’encan ici. Dans les années 1940, Dalí a travaillé avec Walt Disney à un court- métrage animé, Destino, pour lequel il avait dessiné plusieurs story-boards. Le projet n’a jamais abouti du vivant des deux hommes, mais il a par la suite été relancé par le neveu de Disney, Roy, qui en a tiré un film de sept minutes. En 2003, à l’occasion de sa sortie, Disney a édité une série de gravures numérotées à partir d’images du film. En 2008, Park West a proposé six gravures Destino à 11 000 dollars – soit à moitié prix de ce qu’il prétendait être leur valeur d’expertise. Aujourd’hui, ces évaluations ne tiennent plus. Puisque nous sommes dans un port et que mon téléphone capte à nouveau, j’en profte pour vérifer rapidement sur Google : lors d’enchères récentes, les gravures Destino étaient évaluées entre 200 et 300 dollars l’une. Sur le site de petites annonces Craigslist, le propriétaire d’une série achetée auprès de Park West essaye d’en refourguer cinq pour 4 000 dollars, avec les cadres et les certifcats d’authenticité de la galerie. Les gravures Destino apparaissent dans le recours collectif contre Park West : les plaignants citent un expert de Dalí qui a estimé les lithographies à 100 dollars pièce.

Je suis curieux de savoir combien Park West en demande et, ce soir-là, je retourne au salon d’exposition pour une réception VIP. Les galeristes et leurs invités sont tirés à quatre épingles dans leurs robes du soir, vestons et cravates. Une table a été dressée avec biscuits apéritifs, cubes de fromage et une profusion de fûtes de champagne. J’entends à plusieurs reprises une employée féliciter une collectionneuse en puissance sur sa “magnifique robe”. Je demande à une autre les prix du Miró, qui me plaît vraiment, et de la série Destino de Dalí. Elle consulte les tarifs dans un classeur : le Miró est à 14 000 dollars, et je pourrais acquérir la série de Dalí pour 14 900 dollars.

Une quarantaine de passagers arrivent au salon

Le Bistro, où a lieu la vente. Impeccablement mis dans un costume sombre et une cravate vert pâle, Cilliers annonce aux nouveaux arrivants que s’ils veulent du champagne gratuit ou des billets de tombola, ils doivent s’enregistrer et obtenir leur plaquette d’acheteur. Une fois que tout le monde est assis, il annonce sans ambages qu’il attend des acheteurs et non des curieux. “Si vous êtes venu pour le spectacle, vous vous êtes trompé d’endroit”, déclare-t-il. Un serveur fait circuler des flûtes de mimosa au champagne. “Ce n’est pas un show télévisé, poursuit Cilliers en pointant un doigt sur ses yeux, puis vers le public. Je vous vois !”

Bientôt, les ventes s’enchaînent : un bronze de chat, annoncé à 6 400 dollars, est adjugé à l’unique preneur pour 4900 dollars. Puis un groupe de trois tableaux, évalué à 19150 dollars, est présenté. Un couple américain a négocié une première offre à 9 790 dollars et prie pour que personne ne surenchérisse. Cilliers scrute la salle, cherchant des enchérisseurs. Personne. Le coup de marteau est accueilli par un tonnerre d’applaudissements. Le mari, dont la nuque rasée vire au rouge, rayonne de soulagement. Le commissaire- priseur vend également une page de manuscrit en latin sur vélin en lettres rouges et noires, qu’il décrit comme “un morceau d’histoire” à un autre acquéreur sans concurrent, au prix de départ de 4100 dollars, puis adjuge pour 1025 dollars une giclée de léopards signée Andrew Bone [un artiste zimbabwéen spécialisé dans les scènes animalières] à un homme arborant un tee-shirt au logo des Yankees. (Plus tard, lorsque je l’interroge, celui-ci me parle de son acquisition comme d’une peinture sur toile”, et je n’ai pas le cœur de le détromper.)

Les employés de Park West sont aux petits soins pour le couple américain qui a déjà dépensé 9790 dollars. L’un se penche par-dessus leur épaule en chuchotant. Quelques minutes plus tard, Cilliers présente une œuvre de l’artiste brésilien contemporain Romero Britto, affirmant qu’elle est estimée à 4 200 dollars mais qu’il la met à prix à 1390 dollars. Le couple, désormais au centre de tous les regards, esquisse un discret hochement de tête. Cilliers abat son marteau tandis que son assistante offre un peu plus de champagne aux heureux acquéreurs.

Entre deux lots, des jeux sont organisés. Park West est réputé pour entrecouper ses ventes de divertissements, comme des tombolas ou des tirages de cadeaux mystère. Une autre tactique consiste à proposer des enchères par élimination. Un manutentionnaire présente une gravure évaluée à 300 dollars. Cilliers demande à ceux qui sont prêts à surenchérir de 5 dollars de lever leur plaquette. “Si vousn’avezpas 5 dollars, je vous donne 5 dollars”, commente-t-il. Dans l’assistance, presque toutes les planchettes se lèvent. A mesure qu’il augmente le prix par paliers, elles s’abaissent l’une après l’autre. À 70 dollars, j’en compte encore huit levées, lorsque soudain le marteau tombe, concluant la vente à 560 dollars. L’épisode aurait été déroutant pour quiconque n’aurait pas compris que A ce n’est pas l’original qui est en vente - que Park West a des centaines, voire des milliers de copies identiques du tirage dans ses réserves. (Certains gagnants de ces tours d’enchères me confieront plus tard qu’ils pensaient que le jeu continuerait jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un candidat en lice, ce qui leur aurait laissé le temps de se retirer.)

Quand l’Epic me ramène à Rome, à peine arrivé devant mon bureau, je m’empresse de vérifier si la lithographie de Miré que j’admirais tant était une bonne affaire pour 14 000 dollars. En fait, elle fait partie d’une série de 39 lithos - dont seules 13 sont signées - vendue à Londres par Christie’s _ en 2015 pour l’équivalent d’environ 96 000 dollars de l’époque. L’estimation la plus généreuse à laquelle je parviens - en assignant une valeur zéro aux tirages non signés - mettrait une litho signée à 7400 dollars. Je trouve un peu plus tard un chiffre précis : en 2011, la maison new-yorkaise Swann Auction Galleries a vendu l’un des Miré pour 3360 dollars, frais compris. Il est vrai que les prix varient d’une année sur l’autre. Mais si j’avais effectivement payé à Park West ce que l’on pourrait considérer comme une surévaluation de 317 %, j’aurais rejoint les rangs des clients mécontents.

Maintenant que je ne suis plus à bord et que je ne risque plus de me faire débarquer, je contacte le fondateur et PDG de Park West, Albert Scaglione, 77 ans. “Nous ne sommes pas là pour escroquer les gens”, m’assure-t-il au téléphone. Depuis les procès qui lui ont été intentés, dit-il, sa société a renforcé son service de déontologie, qui visionne les vidéos de chaque vente. Il nie que les prix de Park West soient gonflés, assurant que ce sont les prix du marché pour les maisons de vente de sa taille. “Nous ne sommes ni Christie’s ni Sotheby’s”, rappelle-t-il.

Il concède que, pendant les séances, les clients ne savent pas trop s’ils sont face à des reproductions ou à des tableaux originaux. “C’est souvent confus, ça va trop vite”, reconnaît-il, ajoutant qu’il pourrait peut-être songer à améliorer la signalétique pour dissiper les malentendus. Soit. Mais comment explique-t-il les prix apparemment élevés de lithos évaluées moins cher sur la terre ferme ? Il botte en touche : “Vous en trouverez peut-être une qui sera partie au tiers de son prix dans une obscure vente en Autriche.” Et les gravures Destino de Dali ? Park West a fixé ses prix en tant que distributeur exclusif de la série sur le marché, se justifie-t-il, et celles que l’on trouve à d’autres prix viennent, dans le meilleur des cas, “de gens qui nous les ont achetées et les revendent”. D’ailleurs, ajoute-t-il, “qu’est-ce qui vous dit que ce ne sont pas des faux Destino ?” Je lui fais part d’un changement que j’ai effectivement pu constater à bord de l’Epic : je n’ai pas entendu une seule fois le commissaire-priseur présenter l’acquisition d’œuvres d’art comme un investissement. En fait, lorsque
j’ai posé la question à deux assistants différents, ceux- ci m’ont fourni la même réponse : “Nous ne pouvons pas prédire l’avenir.” “Nous sommes actuellement en très bonne position sur le marché, me dit Scaglione. Avons-nous eu des commissaires-priseurs qui vendaient des objets d’art comme des investissements ? Oui. Et nous les avons virés.”

Il me reste un mystère à résoudre : le cas Rembrandt. Chuck Bialon, analyste système en retraite, m’avait promis de me raconter l’histoire de A à Z lorsqu’il serait rentré chez lui, en Pennsylvanie, où il élève des poissons tropicaux dans quarante aquariums installés dans sa cave. Au téléphone, il m’explique qu’il a acheté une eau-forte du maître hollandais à Park West il y a sept ans, lors d’une croisière. C’est un autoportrait au béret. Selon le certificat d’expertise fourni par Park West, elle a été tirée au xixe siècle à partir de plaques de cuivre que Rembrandt van Rijn avait gravées de son vivant au xvne siècle. Dans ce document, l’œuvre est estimée à 11 800 dollars - le prix qu’a payé Bialon. Mais l’expertise ne dit absolument rien de sa provenance. Désormais, l’acheteur veut savoir. “Cette oeuvre a dormi quelque part pendant deux cents ans. Elle était forcément entre les mains de quelqu’un.” Il a appelé Park West, a donné le numéro d’enregistrement inscrit sur le certificat d’expertise et a demandé à recevoir un historique de sa gravure. Dans un premier temps, on lui a promis une réponse par e-mail dans la semaine. Ne voyant rien arriver, Bialon a relancé la galerie et s’est fait balader d’un service à un autre, pour finir par s’entendre dire qu’il aurait un certificat d’authenticité et rien d’autre.

Scaglione est au courant des exigences de Bialon et refuse catégoriquement de lui fournir la provenance de son Rembrandt. “Les oeuvres nous sont confiées par des familles, des clients. Nous n’avons jamais indiqué nos sources et nous ne le ferons jamais”, conclut-il.

La veille de la publication de cet article, j’ai reçu un e-mail de Scaglione. Il m’offrait une nouvelle occasion d’observer les méthodes de la galerie. Lorsque je l’avais appelé au téléphone, il m’avait demandé de ne pas enregistrer notre conversation. Et il m’annonçait maintenant que lui-même l’avait enregistrée et me demandait de lui soumettre mon article, afin qu’il puisse vérifier “tous [ses] propos”. Et il ajoute : “Nous avons filmé toutes les enchères auxquelles vous avez assisté” à bord de l’Epie. “Nous avons des vidéos de chaque œuvre d’art qui a été présentée et des moments où vous preniez des notes et où vous n’en preniez pas.” Voici au moins un domaine où Park West a appris à apprécier l’art de l’authentification.


15/05/2016

Ventes d’armes


Lobbying actif


En remportant le contrat de sous-marins à l’Australie, le gouvernement montre le succès de son aggressivité commerciale en matière
de défense.

C'est le 25 avril que le Premier ministre australien, Malcolm Turnbull, a appelé François Hollande pour lui annoncer que la DCNS avait remporté un contrat d’armement d’un montant de près de 35 milliards d’euros. Ce coup de théâtre vient conclure une campagne menée tambour battant par la France afin de remporter un appel d’offres pour la construction de douze sous-marins. Un effort récompensé par l’annonce que la DCNS a coiffé sur le poteau son rival allemand, ThyssenKrupp AG.

Les Japonais ayant apparemment jeté l’éponge le mois dernier, il ne restait donc que deux candidats, dont les méthodes n’auraient pu être plus différentes. Alors que la campagne française a eu pour apothéose un dîner officiel organisé par Hollande en l’honneur du gouverneur général, sir Peter Cosgrove [représentant de la reine Elisabeth en Australie], l’Allemagne a délégué la mission de représentation à l’équivalent d’un secrétaire d’Etat. Tandis que Hollande a sans aucun complexe défendu la cause des constructeurs français, le gouvernement de Merkel s’est montré un peu plus discret, préférant éviter de mentionner la question par peur de la réaction hostile de l’opinion publique face à ce qui aurait été le plus gros contrat d’armement jamais remporté par l’Allemagne.

Industrie vitale. “Les Français ont aligné François Hollande et un bus rempli de généraux et de juristes”, a déclaré Frank Haun, PDG du constructeur de chars allemand Kraiss-Maffei Wegmann, lors d’une conférence qui s’est tenue à Berlin l’automne dernier. “Moi, j’arrive en Smart accompagné d’un ambassadeur, et encore, quand j’ai de la chance.” L’Allemagne a confié la défense de l’offre de ThyssenKrupp à Uwe Beckmeyer [équivalent du secrétaire d’Etat au Commerce extérieur], qui, l’an- née dernière, a emmené avec lui une délégation en Australie. Son opération fait pâle figure comparée au déploiement français, Le Drian ayant visité le pays pendant près d’une semaine en février, déposant des gerbes devant les monuments aux morts et distribuant des médailles aux anciens combattants. Au cours des deux dernières années, des ministres français se sont rendus au moins à quatre reprises aux antipodes pour vanter les mérites de l’offre de la DCNS, une entreprise d’Etat.

D’un point de vue économique, cette vigoureuse campagne a largement porté ses fruits. Les exportations militaires françaises ont atteint le chiffre record de 16 milliards d’euros en 2015, soit deux fois plus qu’en 2014 et quatre fois plus qu’en 2012. L’Allemagne, elle, a chuté de la troisième place (en 2010) à la cinquième (en 2015) au classement des exportateurs d’armement, selon les informations de l’International Peace Research Institute de Stockholm (Sipri). La France est l’un des deux pays qui l’ont dépassée. Ce lobbying français s’explique avant tout par le fait que la défense est un des secteurs industriels les plus importants du pays, où il représente 165 000 emplois. Ce chiffre devrait d’ailleurs dépasser les 200000 d’ici à 2018, d’où le caractère stratégique du secteur dans la lutte contre le chômage, supérieur à 10 %. On peut effectivement avancer que l’industrie de la défense n’est pas aussi vitale en termes d’emplois pour l’Allemagne, qui peut compter sur une industrie automobile écrasant tous les autres secteurs.

De plus, le processus d’approbation des contrats d’armement n’est pas le même dans les deux pays. En Allemagne, les exportations d’équipements militaires sont soumises à des règles strictes, liées pour l’essentiel au passé sanglant du pays au XXe siècle. Il est déjà arrivé que le Conseil de sécurité du gouvernement bloque ou retarde des licences à l’exportation, même quand il s’agissait de la fourniture de composants secondaires. Par conséquent, certains Etats ont placé les producteurs
allemands sur une liste noire, et les concurrents internationaux de ces derniers n’hésitent plus à présenter leur matériel comme “garanti sans composants allemands”. En France, en revanche, les contrats d’armement ont approuvés par un comité dont les membres sont souvent ceux qui se chargeront de la promotion desdits contrats, à commencer par le ministre de la Défense en personne. “En France, la société civile ou le Parlement ne se soucient pas trop des exportations militaires, donc il y a peu de contraintes”, commente Pieter Wezeman, spécialiste du commerce des armes au Sipri. “L’opinion publique soutient les exportations, car elles sont profitables à l’industrie et à l’emploi. En Allemagne, c’est le contraire.”

Légion d’honneur. Le département de la défense du groupe Airbus est de ceux qui en ont fait l’amère expérience. Il avait par exemple été choisi pour fournir des systèmes d’acquisition de cibles destinés à des véhicules blindés pour l’Arabie Saoudite en 2012, mais l’approbation a traîné en longueur, et la société a fini par être exclue de l’appel d’offres. Un contrat de 600 millions d’euros lui est ainsi passé sous le nez. A l’époque, Tom Enders, PDG d’Airbus, avait dénoncé le comportement “grotesque” du gouvernement allemand.

Ces différences se font également jour dans d’autres appels d’offres. Si l’Allemagne refuse de vendre des chars Leopard 2 à l’Arabie Saoudite depuis les années 1970, Hollande et son Premier ministre se sont rendus dans le pays au cours des douze derniers mois pour soutenir des propositions françaises dans tous les secteurs, des missiles aux drones, en passant par les bâtiments de combat et les hélicoptères. Le prince héritier saoudien Mohammed ben Nayef s’est vu décerner l’une des décorations les plus prestigieuses de France, la Légion d’honneur, bien que d’aucuns aient rappelé à Paris que les deux pays ne partageaient pas les mêmes valeurs dans le domaine des droits de l’homme.

En ce qui concerne les sous- marins, les Français l’ont aussi emporté “parce qu’ils construisent des navires plus grands et à plus grand rayon d’action, ce que recherchait l’Australie, ajoute Wezeman. Les Allemands ont tendance à en construire de plus petits. Ils se sont engagés à en fournir des modèles plus imposants, mais ils n’en ont pas produit depuis la Seconde Guerre mondiale.”

Aucun scrupule : La France exporte ses armes avec moins de complexes que l’Allemagne, grince le journal conservateur comme c'est tres souvent le cas dans les contrat d'armement, ce n'est pas la meilleure technologie mais la politique qui a permis de l’emporter. Car, contrairement à l’Allemagne, le gouvernement français n’hésite pas à servir de représentant de commerce à l’industrie militaire. Un art dans lequel le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, excelle particulièrement. C’est aussi à lui qu’il faut attribuer le fait que l’avion de combat Rafale ait obtenu, près de trente ans après son premier vol, ses premiers contrats à l’exportation. Les [dirigeants] allemands, eux, se font généralement discrets quand il s’agit de soutenir des contrats d’armement, afin de ne pas se retrouver sous le feu des critiques.


Tradition. Des scrupules dont Paris ne s’embarrasse guère. L’industrie militaire est la fierté du pays, un secteur clé qui mérite d’être protégé, un facteur de survie pour l’indépendance française vis- à-vis de la technologie américaine. Du reste, l’intervention de l’Etat dans l’économie est une tradition depuis Colbert, ministre de l’Economie de Louis XIV.

Il ne faut donc pas non plus s’étonner que l’Etat ait des parts dans des entreprises du secteur de la Défense comme la DCNS ou Thales, l’autre grand actionnaire du constructeur naval. Si cela peut paraître impensable à beaucoup en Allemagne, du point de vue des Français les membres du gouvernement ont presque pour devoir de vanter les produits nationaux lors de leurs déplacements à l’étranger, et de promettre de nouveaux investissements dans les pays intéressés pour décrocher des commandes. Nul doute que le contrat des sous- marins australiens a dû faire l’objet du même genre d’échanges de bons procédés.


28/03/2016

Michelin veut devenir l’Amazon du pneu

Business model

Que Michelin vende son nouveau pneu Pilot Sport 4 en ligne, rien de surprenant. Mais qu’il le vende uniquement sur Internet, dans le cadre d’une boutique éphémère et qu’il propose un rendez-vous pour la livraison et la pose avec un distributeur partenaire est beaucoup plus surprenant.

Michelin passe à l’offensive sur Internet en s’inspirant de ses concurrents digital natives. Son PDG Jean-Dominique Senard l’a déjà dit : il ne veut pas voir arriver sur son marché un « Amazon de la vente de pneus » à prix cassés. Après le rachat de Blackcircles, numéro un de la vente de pneus sur internet au Royaume Uni, les prises de participations dans les sites Allopneus ou Popgom, l’entreprise française veut reprendre la main sur un marché du pneu dont les prix sont tirés vers le bas et où le parcours d’achat du client doit proposer les meilleurs tarifs. Rien de mieux alors que le numérique pour mettre en place cette stratégie de rupture et bâtir un nouveau business model de la vente de pneus.






24/03/2016

Lockheed Martin F-35 Lightning II

Lobbying

Chez nous en Belgique les lobbyistes américains sont a l'oeuvre depuis longtemps dans les commissions au parlement pour promouvoir leurs avions F-35. Pour cela tous les moyens sont bons, identifier a la source ceux qui sont pour et ceux qui sont contre. Certains parlementaires belges se sont déjà manifestés dans la presse pour mettre en avant cet avion F35 et pour dire au gouvernement que c'est le seul polyvalent.
Mais pour gagner le coeur des citoyens, les lobbyistes du constructeur Northrop Grumman, Lockheed Martin et BAE systems ont recours aux mot-clés dans google pour proposé de s'inscrire en ligne sans le but d'avoir une interaction avec un pilote du F-35. Nous avions donc un RV ce mardi pour parler au pilote de l'avion, mais suite aux attentats tous est annulés ..

Je rappelle que la Belgique est en faillite économique et que le financement du budget de l'état n’est pas complet a ce jour. Et puis comme nous sommes en Europe et qu'il existe des avions moins chers et si pas meilleurs que le F-35, je me demande pourquoi certain s'ingénue a nous fourré un morceau de métal qui vient d'ailleurs. Puis il faut rappeler que dans les années 2000, la Belgique et d'autres pays européens ont déjà versé des millions dans ce programme qui n’est toujours pas fini à ce jour ...


F35



Joignez-vous à cette discussion passionnante avec les pilotes F-35 Lightning II. L'avion expérimentés qui est un chasseur de 5e génération qui fournit la furtivité avancée et  une conscience de la situation sans précédent. Le F-35 est un progrès technologique dans la capacité de la puissance aérienne des forces armées à travers le monde - et il est essentiel à la sécurité internationale.
Entendre les perspectives des pilotes de première main, et leur poser des questions sur ce qu'il est vraiment, comment vole le F-35 et comment il se compare à d'autres aéronefs. Ne manquez pas cette conversation unique et perspicace!

03/03/2014

Marché arabe

Comprendre les consommateurs du monde arabe


consommateurs arabe
La classe moyenne qui s’y développe aspire au progrès et à la modernité, mais elle ne souhaite pas abandonner ses traditions religieuses.


En 2005, la très discrète Arla Foods, le plus grand producteur scandinave de produits laitiers, était devenu un acteur majeur dans le monde arabe. Les marques de cette coopérative suédo-danoise, telles que Lurpak, Puck et l’éponyme Arla, dominaient les marchés du beurre, du fromage et de la crème au Moyen-Orient : cette année-là, ses ventes y atteignirent 550 millions de dollars, un record. C’est alors que les caricatures firent leur apparition.

Le 30 septembre 2005, le « Jyllands Posten », un journal danois, publia un article intitulé « Le Visage de Mahomet », accompagné d’une douzaine de dessins représentant le prophète de l’Islam de façon peu flatteuse. Cela mit en colère les musulmans du monde entier, et, en janvier 2006, des dignitaires religieux saoudiens appelèrent à boycotter les produits danois. En quelques jours, la plupart des détaillants du monde arabe retirèrent les produits Arla de leurs rayons. L’entreprise organisa alors une campagne de communication massive pour se distancer des caricatures, en insistant sur le fait qu’elle était implantée dans la région depuis quarante ans. Mais, bien que les dignitaires aient levé leur interdiction en avril, ses ventes de 2006 n’atteignirent que la moitié de leur niveau préboycott.

En 2008, dix-sept journaux danois publièrent de nouveau un des dessins controversés, juste au moment où les ventes d’Arla s’étaient presque rétablies. Elles s’effondrèrent donc une fois de plus, ce qui coûta à l’entreprise 274 millions de dollars. Arla fit tout pour se défendre, mais son chiffre d’affaires ne se redressa pas avant 2010 – un signe de l’importance de l’Islam sur les marchés arabes. De fait, cette influence est plus forte dans le monde arabe que dans d’autres nations à forte population musulmane, telles que l’Inde, l’Indonésie et le Bangladesh.

Depuis le 11 septembre 2001, la résurgence de l’Islam fait peur aux multinationales et les rend peu désireuses d’investir dans les vingt-deux pays qui composent la Ligue arabe. Selon un postulat stéréotypé, le monde arabe est une société fermée de mollahs et de militants favorables au djihad et aux fatwas, dont les dirigeants détestent les étrangers, et dont la jeunesse (hommes et femmes confondus) est incitée à mépriser la culture et les produits de l’Occident. Ajoutons les troubles politiques et les conflits armés des révolutions du Printemps arabe – qui ont chassé du pouvoir les chefs d’Etat en Egypte, en Lybie, en Tunisie et au Yémen – et il est facile d’en conclure que la région est instable, chaotique et peu propice aux affaires.

Comme beaucoup d’autres idées concernant le monde arabe, celle-ci est un fruit de l’imagination. Entre 2008 et 2010, j’ai voyagé dans dix-huit pays de la Ligue arabe. J’y ai étudié nombre de marchés et d’entreprises, et rencontré plus de 600 personnes -depuis des P-DG et des entrepreneurs qui travaillaient dans des gratte-ciel jusqu’aux clients des souks et des bazars. Tant les choses que j’ai vues que les rencontres que j’ai faites m’amènent à penser que le marché arabe n’est pas séparé du reste du monde. Les consommateurs ont les mêmes exigences que partout ailleurs, et, en dépit des bouleversements, les marchés de la région sont en croissance, connectés à l’économie globale et extrêmement concurrentiels.

Si la Ligue arabe était un seul pays, son PNB aurait atteint plus de 2300 milliards de dollars en 2011, ce qui en ferait la huitième économie mondiale, devant la Russie ou l’Inde. Le revenu par tête y atteindrait
6700 dollars, soit plus que celui d’un Chinois ou d’un Indien. D’autre part, plus de la moitié de la population a moins de 25 ans, ce qui en fait l’un des marchés mondiaux les plus jeunes.
L’attractivité de la région ne repose plus seulement sur le sommet de la pyramide économique. Une classe moyenne en pleine croissance, qui compte déjà plus de 150 millions de personnes (sur une population totale dépassant 350 millions d’habitants), est occupée à gagner et à dépenser ses revenus. La consommation privée représente 44 % de l’économie de la région, contre 35% en Chine (mais 56% en Inde). Il n’est donc pas étonnant que l’expert du Moyen- Orient Vali Nasr écrive dans «Forces of Fortune», son livre publié en 2011 : «Dans toute la région, une nouvelle économie se développe, qui mélange les valeurs locales et l’explosion de la consommation, et crée des liens plus solides avec l’économie mondiale. Et cette tendance n'est pas seulement aussi puissante et importante que la menace fondamentaliste, elle l’est bien plus encore.»

Les pays arabes ne sont à bien des égards pas différents du Brésil, de l’Inde et de la Chine d’il y a vingt ans : ils sont importants, complexes - et couramment méconnus. Mais ce qui rend le marché arabe plus compliqué, voire menaçant, c’est que l’Islam et la culture arabe y sont entremêlés. La religion tient une place centrale dans la société et les affaires, et elle gouverne la plupart des facettes du marché. Son influence ne diminue pas: les consommateurs arabes qui désirent le progrès, la modernité et l’intégration sociale ne souhaitent pas pour autant abandonner leurs traditions religieuses et culturelles. Ainsi les Arabes apprécient et respectent les marques occidentales, mais seulement si elles ne rentrent pas en conflit avec leurs valeurs. Les entreprises qui négligent l’interaction entre culture et religion, croyant qu’elles ne s’influencent pas l’une l’autre, ignorent un facteur décisif pour réussir dans la région.

Respecter les cinq piliers de l’Islam


Tous les consommateurs du monde arabe ne sont pas musulmans, mais l’Islam façonne l’économie de la région. Ses cinq piliers affectent chaque consommateur et chaque entreprise.

La chahada 


Dans le Coran, le livre sacré de l’Islam, la croyance au monothéisme et l’acceptation de Mahomet comme prophète d’Allah est résumée dans la phrase rythmique: «La ilaha illallah, Muhamadun rasul- allah» («Il n’y a d’autre dieu que Dieu, et Mahomet est son messager»). Cette profession de foi est le premier pilier de l’Islam. La chahada, comme on l’appelle, comporte plusieurs niveaux d’implications et d’interprétations. Les comprendre tous n’est pas toujours chose aisée, en particulier pour faire des affaires. La jurisprudence islamique dépend de déclarations ou d’actes d’approbation ou de désapprobation attribués au prophète Mahomet (les hadiths), qui sont des outils pour interpréter le Coran. Ils peuvent être subjectifs. De plus, les sunnites (qui sont majoritaires en Arabie Saoudite), les chiites (la communauté dominante à Bahreïn) et les ibadites (nombreux à Oman) se basent sur différents ensembles de hadiths, de sorte que les entreprises opérant dans le monde arabe doivent comprendre les nuances de chacun d’entre eux.

Enfreindre la règle ou l’esprit de la chahada peut avoir un impact majeur sur la réputation et le succès d’une entreprise, comme Aria l’a découvert sans le savoir. « Cela nous a pris quarante ans pour bâtir un business au Moyen-Orient, et cinq jours pour le voir s’arrêter complètement», a dit à BBC News un porte-parole de l’entreprise en 2006. 
Les hommes d’affaires occidentaux, en particulier, doivent comprendre que les règles de l’Islam sont perçues comme émanant d’un mandat divin, ainsi que le soulignent Frank Vogel et Samuel Hayes dans leur livre «Islamic Law and Finance: Religon, Risk, and Return». Cependant, les consommateurs arabes pardonnent vite: après avoir invoqué les valeurs islamiques de tolérance, de justice et de pardon. Aria a été la première entreprise danoise à être exemptée du boycott.

Les firmes étrangères doivent donc se démarquer de tout ce qui peut être perçu comme offensant l’Islam. Par exemple, l’Islam interdit la représentation de l’image d’Allah, y compris l’écriture de son nom. De nombreuses entreprises ont dû changer leur logo et leurs emballages pour s’adapter à cet impératif. Ainsi, à la fin des années 1990, quand les cadres d’Unilever Arabia ont découvert le nouveau logo de l’entreprise quelques jours avant son lancement, certains d’entre eux ont eu l’impression que, vu sous un certain angle, il ressemblait au mot Allah écrit en arabe. Risque qu’ils auraient ignoré sur un autre marché, mais dont ils savaient qu’il valait mieux se méfier en Arabie Saoudite. En dépit des coûts supplémentaires, Unilever Arabia à donc travaillé avec le siège à la création d’un nouveau logo avant son lancement.

Bien que l’Islam soit le fondement de leur culture, les Arabes préfèrent souvent que les entreprises séparent la religion et le commerce. Les publicités au ton ouvertement religieux ne marchent presque jamais. Dans les années 1990, lorsque Procter & Gamble a lancé Tide liquide sur les marchés arabes, l’entreprise décida d’utiliser toute une série de publicités montrant à quel point il était facile pour les femmes de se servir de ce produit pour laver leurs voiles. Elle prit soin de présenter la tâche comme une corvée quotidienne sans sous-entendu religieux, faisant ainsi clairement comprendre qu’elle percevait les rapports entre la culture et le business sur le marché arabe.

La salat 


Les prières formelles, ou salat, se composent de la répétition d’une série d’actions et de mots cinq fois par jour. Que ce soit l’appel du muezzin ou les flèches pointant vers La Mecque (la ville sainte à laquelle les musulmans font face durant la prière) dans les chambres d’hôtels, on ne peut échapper à la salat dans le monde arabe.
La prière crée une routine à laquelle doivent s’adapter les entreprises étrangères. Dans des pays tels que l’Arabie Saoudite, elles doivent fermer brièvement trois fois par jour. Empêcher les employés de prier est interdit par la loi. Le travail s’arrête dans les usines et les bureaux, les réunions s’interrompent et les magasins ferment leur porte. Dès que la prière est finie, les gens reprennent leur activité comme si de rien n’était.
La dévotion aux prières quotidiennes peut varier d’un pays arabe à l’autre, mais quel que soit l’usage local, les moments de prière rythment la journée. Certaines entreprises l’ont bien compris. Ainsi, Titan Industries, le fabricant de montres indien, a développé pour le marché arabe une horloge indiquant le moment de chaque prière de la journée. Des applications comme Al-Qibla, qui indiquent le début exact des prières et la direction de La Mecque via un GPS et un logiciel cartographique, sont aussi disponibles sur la boutique iTunes.

La zakat 


L’Islam requiert que les musulmans fassent don de 2,5% de leur richesse chaque année. Pilier de l’Islam, la zakat (nom que les musulmans donnent à ce don) génère un fond annuel garanti d’argent philanthropique.
Calculer le montant de la zakat générée dans les pays arabes s’avère presque impossible. La plupart des Arabes font leurs dons en privé et de manière informelle, de sorte qu’on n’en garde pas trace. De plus, le don se calcule comme un pourcentage de la richesse personnelle au-delà d’un certain montant - et non comme une fraction du revenu - ce qui le rend encore plus difficile à estimer. Alors que mes calculs très prudents suggèrent que le montant total tourne autour de 3,3 milliards de dollars par an, les experts locaux affirment qu’il dépasse aisément 25 milliards de dollars, soit 1,3% du PNB régional en 2010. A comparer avec les 2% du PNB que les individus, les entreprises et les fondations consacrent aux causes charitables aux Etats-Unis.
Avec la zalcat, les Arabes ont créé une des plus imposantes rentes philanthropiques du monde. Malheureusement, son usage est très désorganisé, ce qui crée une opportunité pour le secteur social. Dans le passé, le gouvernement ou les familles régnantes supervisaient la collecte et la distribution des fonds. Mais de nos jours, il y a moins de musulmans qui donnent leur argent à des organisations étatiques: ils ne font pas confiance aux personnages puissants pour utiliser leur argent de la manière la plus philanthropique qui soit. De plus, la fragmentation des dons dans la plupart des pays arabes rend leur utilisation moins efficace qu’elle ne pourrait l’être.
Si les pays arabes réunissaient (ensemble ou même séparément) la collecte de la zakat et la géraient de manière professionnelle, ils pourraient réussir des choses étonnantes, comme le montre l’exemple de la Chambre de la zakat soudanaise, qui attire une bonne part de la collecte nationale. Elle a ainsi disposé d’environ 250 millions de dollars en 2010, et les a dépensés en grande partie dans des programmes qui promouvaient le développement et l’autosuffisance, en particulier auprès des femmes. L’organisation distribue des semences pour l’agriculture et de la farine, dont les femmes se servent pour cultiver ou fabriquer des produits qu’elles peuvent vendre.
Les gouvernements ne sont pas forcés de superviser les fonds de la zakat: des spécialistes financiers des banques islamiques pourraient gérer l’argent, et des érudits islamiques et experts en philanthropie pourraient créer un système pour dépenser les fonds de manière efficace. 

Selon plusieurs experts, l’argent pourrait servir à des prêts de type microfinance ainsi qu’à des services de santé et de prestations sociales pour les citoyens dans le besoin. 
L’obstacle: les gouvernements arabes croient fermement que les soins à la personne sont de leur ressort, et craignent que les autres organisations qui s’en occupent essaient seulement de gagner de l’influence politique.
Quelques pionniers ont cependant développé des méthodes innovantes pour accroître la valeur des dons de la zakat. Ainsi, la société Abdul Latif Jameel de Djedda (Arabie Saoudite) finance un programme - auquel ses collaborateurs peuvent apporter leur contribution à la zakat - qui forme des ouvriers, soutient des entrepreneurs en herbe et aide des start-up à se développer. La famille Jameel a décidé qu’un tel projet aiderait mieux la communauté que les dons d’argent de ses collaborateurs. Bien qu’onéreux, le programme a formé des centaines de travailleurs à des jobs mieux payés et a contribué à faire naître des dizaines de petites entreprises depuis 2002. Il pourrait bien jouer un rôle précurseur pour établir un modèle de responsabilité sociale des entreprises arabes du secteur privé basé sur la zakat.

Le saoum 


Durant le mois du ramadan, qui célèbre la révélation des premiers versets du Coran au prophète Mahomet, les musulmans pratiquent le saoum, c’est-à-dire le jeûne du lever au coucher du soleil (les étrangers non musulmans en sont exemptés, bien que, par politesse, ils ne doivent pas manger ou boire en public durant les heures de jeûne).
La période du ramadan est à la fois spirituelle et festive, l’accent variant selon les pays. Les gouvernements de la région ordonnent une réduction de deux heures des horaires de bureau, ce qui représente à la fois un défi et une opportunité: les consommateurs ont plus de temps pour leurs loisirs (et pour dépenser), mais il peut être difficile pour les entreprises de continuer à fonctionner en raison de la réduction du temps de travail des employés. La plupart des firmes chamboulent leurs horaires, comprenant que les gens restent éveillés du crépuscule à l’aube, qu’ils se lèveront donc tard ou partiront tôt.
Les entreprises locales et étrangères ont rendu le mois du ramadan aussi important pour les ventes que la période des fêtes de fin d’année en Occident. 

La plupart des distributeurs arabes écoulent autant de biens au cours de ce seul mois que pendant le reste de l’année. Le prix des publicités télévisées monte durant le ramadan, tandis que les chaînes lancent de nouvelles émissions. Et les appels sur mobiles se multiplient du fait des connexions avec la famille et les amis. Les Arabes font leur shopping au petit matin : les malls et les magasins restent donc ouverts et les entreprises offrent d’énormes réductions de prix.
Paradoxalement, les entreprises alimentaires (et de boissons) présentes au Moyen- Orient voient leurs ventes bondir durant cette période de jeûne. Cela est dû au fait que les Arabes se réunissent le soir en famille et avec leurs amis pour rompre le jeûne lors de grands banquets, tandis que les restaurants proposent des buffets pour les repas, après le coucher du soleil et avant l’aube. Les ventes atteignent un pic final juste avant l’Aïd al-Fitr (la fête de la rupture du jeûne), le jour qui marque la fin dit ramadan, lorsque les musulmans prient, font la fête et échangent des cadeaux.

Cependant, le ramadan n’est pas porteur pour toutes les entreprises. Le calendrier islamique étant basé sur le cycle lunaire, il n’est pas synchronisé avec les saisons. De 2008 à 2018, le ramadan a lieu durant l’été, ce qui a pour résultat de modifier les tendances de consommation. Ainsi, les ventes de boissons non alcoolisées et de parfums s’accroissent généralement durant l’été et durant le ramadan. Quand les deux se recoupent, les entreprises de ces secteurs ne bénéficient que d’une seule période d’accélération des ventes. Les plus réactives prévoient donc des campagnes publicitaires à d’autres moments de l’année pour booster leurs ventes.

Il est intéressant de noter qu’une réaction se fait jour contre la commercialisation du ramadan et la consommation ostentatoire qui le caractérise parfois. Sentant le vent tourner, certaines multinationales focalisent leur communication publicitaire sur la solidarité familiale, la générosité et la spiritualité. En 2009, Procter & Gamble a ainsi annoncé que, pour chaque paquet de Tide White Musk acheté en Egypte durant le ramadan, la compagnie offrirait un vêtement à une famille dans le besoin. Pour assurer sa crédibilité, elle a travaillé avec Resala, une ONG respectée, a obtenu le soutien d’un ministre et a recruté Hakim, un chanteur populaire, en tant qu’ambassadeur de la campagne. A la fin du ramadan, Procter & Gamble et ses clients avaient procuré 640.000 vêtements à des enfants pauvres, et la part de marché en volume de Tide en Egypte avait augmenté de 3 points.

Le hadj 


Le hadj à La Mecque - un devoir que tous les musulmans en bonne santé doivent accomplir une fois dans leur vie s’ils en ont les moyens - est l’un des plus grands pèlerinages du monde. L’arrivée annuelle de plus de 1,5 million de musulmans en Arabie Saoudite crée de nombreuses opportunités de business. Bien que les chiffres officiels soient rares, des études estiment l’impact du hadj sur l’économie saoudienne à 42 milliards de dollars en 2011, soit presque 7% du PNB.
Plusieurs chaînes d’hôtels, arabes et étrangères, ont profité de la nécessité de loger des millions de personnes durant le pèlerinage annuel, qui dure un peu moins d’une semaine. L’Inter Continental de La Mecque se trouve ainsi très près de la Kaaba, le site islamique le plus sacré, et la chaîne possède plusieurs établissements à Médine, une autre cité sainte pour les musulmans. Même s’ils triplent leurs tarifs durant le hadj, les hôtels de La Mecque ont un taux d’occupation de 100% chaque nuit du pèlerinage (contre 65% le reste de l’année). 

En 2011, le gouvernement saoudien a autorisé la construction de 500 nouveaux hôtels à La Mecque, qui est devenue une ville en essor permanent.
Le hadj est une expérience religieuse, mais la consommation fait souvent partie du pèlerinage. A La Mecque, Médine et Djedda, des centaines d’entreprises locales et multinationales profitent d’une croissance de la demande pour toutes sortes de produits, des souvenirs aux traitements pour les migraines. Procter & Gamble fait la promotion de la quasi-totalité de ses produits durant le hadj, mais ce sont ceux qui peuvent être rapportés chez soi comme cadeaux qui s’écoulent le mieux. Les ventes de parfums atteignent un pic et les petits appareils électroménagers, comme les rasoirs électriques, se vendent bien, en particulier ceux qui ne sont pas disponibles dans les pays des visiteurs. 

Pour les entreprises d’électronique grand public, comme Sony et Samsung, le bond des ventes pendant le pèlerinage équivaut à un mois de chiffre d’affaires. Durant le hadj, Samsung déplace ses équipes du reste du pays vers La Mecque et Médine, et ses points de vente affichent des bannières spéciales en quatre ou cinq langues à destination des visiteurs étrangers.

Le hadj est devenu une opportunité si attrayante que certaines entreprises arabes l’utilisent comme rampe de lancement pour leur expansion mondiale. Le pèlerinage drainant une foule de gens qui visitent l’Arabie Saoudite pour la première fois, les firmes peuvent tester leurs marques sur un nouveau groupe de consommateurs internationaux chaque année. Elles établissent la notoriété de la marque auprès des pèlerins grâce à des opérations de vente et de marketing à La Mecque et à Médine, puis implantent des points de distribution dans les pays d’origine des consommateurs. Ainsi Arabian Oud, qui crée des parfums à base d’oud (bois d’agar), possède 52 boutiques à La Mecque et à Médine, qui réalisent environ 11% des ventes totales de l’entreprise durant le hadj. Elle a construit un réseau de 550 magasins dans 28 pays en suivant les pèlerins musulmans qui retournaient chez eux.

Yallah! «Allons-y!» Vous entendrez cette expression partout dans le monde arabe, et, en dépit des défis sociaux et politiques, elle incarne le dynamisme du marché. Le seul mot arabe que vous entendrez plus souvent encore est «yanni» («c’est-à-dire» ou «cela signifie»). C’est un mot passe-partout, mais il souligne le profond désir du peuple arabe d’être compris. Dans le monde arabe, seules les entreprises capables d’appréhender le dynamisme du futur (incarné par «Yallah!») tout en ayant assimilé correctement le passé (symbolisé par «yanni») ont une chance de prospérer...